Notre monde : un film-documentaire-débat à voir et à diffuser

Mardi 14 janvier : rendez-vous à la Gaîté Lyrique, pour la projection du film « Notre monde », un « objet cinématographique non identifié », sorti de manière plutôt confidentielle le 13 mars 2013 et qui depuis tourne tout aussi discrètement sur les écrans français. Son réalisateur Thomas Lacoste était là et a présenté le projet derrière le film.

L’idée de départ était la suivante : réunir des intellectuels de tous les domaines (philosophes, anthropologues, sociologues, professeurs…) et leur demander d’échanger et de débattre ensemble afin de développer une pensée commune autour de notre monde. Pendant dix jours, ces « intellectuels », répartis par domaines de réflexion (démocratie, Europe, justice, féminisme, etc.), se sont prêté à l’exercice sous les caméras de Thomas Lacoste et de son équipe. Un exercice rendu particulier par le fait que chaque intervenant a été « capté » de façon très serrée et apparaît au public dans sa simple enveloppe d’humain. Thomas Lacoste a voulu filmer « des corps en train de penser », afin de rétablir la proximité et de sortir du rapport classique de la distribution des savoirs encore très présent dans notre société, celui dans lequel le savant/professeur conserve une position de domination, du haut de sa chaire, sur les apprenants. Estimant qu’un concept n’a aucune force s’il ne rencontre aucun affect, Thomas Lacoste a voulu abolir cette distance. Et ainsi bousculé des clichés.

Cliché numéro 1 : notre monde est en crise

Depuis quand dure la crise ? 2009 ? Ce ne serait pas plutôt 2002 ? On y était pas déjà en 1986 !? À 41 ans, Thomas Lacoste vit depuis sa naissance, comme tous les représentants des générations X et Y d’ailleurs, dans un monde en crise. Le terme de crise est tellement employé depuis quarante ans qu’il en est aujourd’hui galvaudé. Au-delà d’une crise, au-delà des clichés recyclés par les politiques comme les médias, Thomas Lacoste et bien d’autres parlent de « révolution civilisationnelle ». Ce terme présente l’avantage supplémentaire de nous rendre acteurs de cette évolution. L’objectif de ces échanges était bien de dire l’urgence de travailler et penser ensemble, quels que soient les désaccords, afin de vivre au mieux cette révolution.

Cliché numéro deux : les experts sont ennuyeux (pour ne pas dire ch—-)

J’avoue que quand j’ai décidé d’aller voir le film, j’ai hésité pour une raison assez basique : mon état de fatigue relativement avancé. J’avais peur de m’endormir sous les assauts d’un intellectuel jargonneux dont le discours me laisserait sur le côté de la route, je l’avoue :) Alors certes, les concepts et la terminologie employés ne m’étaient pas tous familiers. Certes, tous ces intervenants brillants ne parlent pas un langage « courant ». Malgré cela, j’ai trouvé ce film passionnant pour ce qu’il met en avant : des idées et des perspectives nouvelles et différentes, qui bousculent pour certaines nombre d’idées et d’opinions qui sont ancrées en nous depuis des années, en grande partie parce que les médias et un monde politique peuplé de techniciens et de bureaucrates nous en abreuvent.

Une idée

Un « objet cinématographique » précieux

En donnant un espace de parole libre à des experts qui ont pris le risque de descendre de leur piédestal et d’aller au bout de leur réflexion pour proposer des solutions tangibles, Thomas Lacoste a réalisé un film précieux, dont je sors en me sentant plus « éclairée »  et aussi plus optimiste. Je vous le recommande :) Vous pouvez consulter l’agenda des prochaines projections, ainsi que l’intégralité des enregistrements qui ont servi au film sur son site Internet. Mais je vous conseille de commencer, si vous le pouvez, par voir le film, qui les synthétise dans un format cinéma de deux heures, avant de prolonger et approfondir en sélectionnant des « bouts » sur le site. Bon visionnage !

PS : ceci étant mon espace de parole, je me permets de citer mes préférés : André Grimaldi sur le système de santé, Bastien François sur la responsabilité politique et l’idée d’une VIe république, Françoise Héritier sur l’égalité des sexes, Jean-Pierre Dubois sur l’égalité et la justice sociale, Eric Alt pour son explication sur la crise des subprimes… N’hésitez pas à revenir me dire les vôtres en retour ! :)

Bonjour demain !

Non, ce n’est pas une formule de bonne année ! Bonjour demain, c’est simplement le nom bien trouvé d’un événement organisé le 8 décembre dernier, dont l’objectif était de réunir des personnes de tous horizons pour explorer l’avenir. L’occasion de voir de belles choses, le NUMA… et Bernard Werber ! :)

Ingénieurs, créatifs, étudiants, ils ont été une cinquantaine de volontaires à relever le défi du jour : imaginer et élaborer, en équipe et avec l’aide de professionnels (prospectivistes, architectes, graphistes), la présentation d’une innovation technologique réalisable à l’horizon 2030. Chaque équipe a ensuite présenté son projet le soir-même, avec supports multimédias à l’appui, à un public intéressé (me comprenant) et à un jury présidé par Bernard Werber. Pourquoi Bernard Werber ? Parce que le projet Bonjour demain ! est une déclinaison, en format court, du projet de l’Arbre des possibles qu’il a initié : un site Web interactif et collaboratif sur lequel les internautes peuvent créer leurs propres scénarios sur la base de leurs visions de l’avenir. Une « exploration des futurs possibles de l’humanité par les générations actuelles ». Un programme séduisant pour une soirée réussie !

Les thèmes de l’exploration

Résultats de l’exploration du jour

Dans l’ensemble, tous les projets ont été présentés avec passion et talent. J’ai été épatée par les efforts de recherche et surtout le réalisme de toutes les innovations proposées : chaque équipe s’est appuyée sur des technologies existantes pour imaginer ce qu’elles permettront de réaliser d’ici à 2030. Au final l’éventail des innovations proposées était aussi multiple que les profils des « explorateurs » du jour. Je trouve d’ailleurs toujours intéressant de constater les différences de vision entre les représentants de la génération Y et les autres. Des différences qui étaient visibles dans les réactions face aux différents projets : personnellement, j’ai préféré le projet du système de photosynthèse artificielle (un système dans lequel le CO2 est réutilisé comme source d’énergie) à celui du casque de stimulation magnétique transcrânienne. Née à la fin des années 70 et lectrice des nouvelles paranoïaques de Philip K. Dick, j’avoue éprouver beaucoup plus de réticences face aux projets de réalité augmentée que les plus jeunes :)

Dans le rayon des projets originaux mais moins « tangibles », il y avait le concept d’ « habitalib », un système de capsules « mouvantes » que des personnes en transit en ville pourraient louer à la manière d’un Vélib’ et qui seraient personnalisables en fonction de l’utilisateur. Le « SOMA », pour « Système Optimal de Mesures Avancées », un projet de T-shirt médical équipé de plein de capteurs qui permettrait au médecin de recevoir automatiquement des informations sur la santé d’un patient nécessitant un suivi particulier, a aussi été très bien accueilli.

La soirée est passée très – trop – vite et j’ai regretté que les équipes n’aient eu que peu de temps pour répondre aux questions et objections du public et des membres du jury. Ce bémol mis à part, bravo aux organisateurs qui ont mis sur pied un bel événement, et aux explorateurs dont la conviction faisait plaisir à voir !  Je pense qu’il serait intéressant de reproduire l’exercice sur plusieurs jours… A voir s’il y aura une suite. Pour en savoir plus, je vous invite à visiter le site du projet. Les étudiants d’une autre école parisienne, l’ECE Paris École d’ingénieurs, organisent leur première conférence TEDX ce samedi 11 janvier, sur un thème connexe. Le sujet : Et si la science-fiction avait raison ? Une occasion de poursuivre la réflexion en passant en revue les « futurs possibles » des générations qui nous ont précédées. Sur ces belles perspectives, je vous souhaite une bonne année pleine de découvertes :)

Site de l’Arbre des possibles : http://www.arbredespossibles.com

Site de la conférence TEDX de l’ECE Paris : http://www.tedxece.com/

L’innovation Jugaad, ou comment faire mieux avec moins

Qui n’a pas entendu ou lu quelque chose sur l’innovation frugale cette semaine ? C’est simple, le sujet était partout ! Pour satisfaire ma curiosité, je suis allée voir une Up Conférence organisée avec LE théoricien du sujet à la Bellevilloise. A la clé, des échanges très intéressants, plus éclairants que tous les articles parus cette semaine. Voilà ce que j’ai retenu.

Il ne faut pas dire innovation frugale…

… Mais innovation Jugaad. Mince, pour une fois qu’on avait trouvé une traduction française… ! Las, si le terme « frugal » est à la mode et devrait être encore longtemps utilisé, comme toute traduction incorrecte qui se respecte, Navi Radjou a avoué ne pas en être adepte. La raison ? Il la trouve trop réductrice par rapport au concept d’« innovation Jugaad ».

Explication

Le mot « Jugaad » vient du hindi. L’innovation Jugaad désigne la capacité à improviser une solution frugale dans des situations difficiles. Pour développer, l’innovation Jugaad compte trois piliers : la frugalité, qui est donc l’un de ses aspects, la flexibilité de l’esprit et la dimension inclusive.

La rareté ou la raréfaction des ressources partout dans le monde fait de la frugalité un aspect essentiel et de plus en plus incontournable. Petit à petit, les gens, les entreprises, les états doivent et devront faire avec moins. En l’occurrence, le but de l’innovation Jugaad est même de faire MIEUX avec frugalité.

Ce besoin de frugalité implique d’invoquer le deuxième pilier de l’innovation Jugaad, à savoir la flexibilité de l’esprit : une flexibilité synonyme d’ingéniosité, celle qui permet de sortir des sentiers battus pour penser non plus en termes de résolution de problèmes, mais de réponse à un ou plusieurs besoins. Vous voyez la nuance ? Oui je sais, j’ai eu un peu de mal :) Mais sachant que l’être humain moyen quitte l’âge « ingénieux » vers onze ans, évidemment la tâche est d’ampleur.

Le troisième pilier de l’innovation Jugaad, lui aussi intimement lié aux deux autres, est sa dimension inclusive. L’innovation Jugaad a pour objectif de bénéficier, d’apporter de la valeur à une communauté.

« Quoi de neuf sous le soleil ? »

C’était la réaction de plusieurs personnes dans le public mardi, lesquelles avaient pour point commun… de ne pas être françaises, ni européennes :) Car si en France le concept fait figure de grande nouveauté, je vous annonce si vous ne le saviez pas encore que Navi Radjou n’a rien inventé ! Il a simplement posé par écrit un mode de fonctionnement et de pensée qui existe déjà depuis des temps immémoriaux dans de nombreuses communautés. On le retrouve plutôt dans des pays (ou des régions) émergents où les habitants, contrairement à ceux des pays « développés », connaissent intimement et historiquement le concept de… frugalité. Mais enfin que l’on choisisse de parler d’innovation Jugaad, de zizhu chuangxin (son nom chinois), de gambiarra (Brésil), de Do-It-Yourself (un concept américain un peu plus connu ici), d’innovation frugale ou de système D… Il me semble que le principal est ailleurs. :)

Le livre de Navi Radjou (version originale)

Le livre de Navi Radjou (version originale)

La vraie nouveauté pour laquelle prêche Navi Radjou, c’est de diffuser ce concept sur une grande échelle, en dehors des cercles habituels, généralement familiaux ou locaux. Principaux agents de cette transformation : les entreprises et les états.

Les entreprises doivent développer une nouvelle logique et se recentrer sur la valeur qu’elles souhaitent apporter aux consommateurs de leurs produits ou services. Le vrai défi actuel consiste à proposer des solutions qui, tout en étant plus simples et économes, n’en ont pas pour autant une valeur moindre par rapport à celles qui les ont précédées. Une véritable gageure pour des experts habitués à faire plus dans la complexité que dans la simplicité… ou la frugalité. Pour vous en convaincre, demandez-vous combien de ces super-produits du quotidien vous n’utilisez qu’à 10 ou 20 %, peut-être 30 % de leurs capacités ? Leur accorderiez-vous moins de valeur si ils répondaient simplement à tous vos besoins ?

Pour les états-providence, l’enjeu est de sortir d’une logique de simple financier pour faciliter cette transition. Un rôle de facilitateur ou d’« empowerer » (amis traducteurs, je reste ouverte aux débats concernant une meilleure traduction du terme « empowering » :) )

Illustration(s)

En rédigeant cet article, je me suis rendue compte qu’en fait nous baignons depuis quelque temps déjà dans le concept d’innovation Jugaad : ainsi, les inventions découvertes dans le projet 1000 pionniers, qui s’est justement clôturé il y a quelques jours, répondent parfaitement à sa définition. Elles ont maintenant besoin d’être diffusées et de trouver les soutiens financiers qui leur permettront d’être diffusées à grande échelle. Si vous ne connaissez pas, je vous invite à lire mon précédent article sur le sujet ou mieux, à retourner sur le site 1000 pionniers pour les découvrir. Vous pouvez aussi découvrir la démonstration (brillante) de l’association américaine Embrace (mentionnée par Navi Radjou lors de la conférence), qui a mis au point des couveuses d’un nouveau genre. La démonstration est .

Convaincu(e)s ? :) Je vous conseille de poursuivre et compléter avec le site des Up Conférences  et aussi de lire le livre de Navi Radjou, « L’innovation Jugaad ». Et je vous invite si vous le souhaitez à poursuivre la discussion sur le sujet, ici ou ailleurs. Bonne exploration !

Les pionniers des berges de Seine

1000 pionniers, c’est d’abord un site Web, sur lequel des personnes du monde entier peuvent s’inscrire afin de présenter leur invention, de la faire connaître et, dans l’idéal, de parvenir à la diffuser à grande échelle. Seule règle : l’invention doit être un produit ou service innovant qui contribue à préserver l’environnement ou à améliorer la vie des gens. En illustration, quelques pionniers présentaient leur invention au grand-public le 21 septembre sur les berges de Seine, vers le Pont de la Concorde. Une journée très enthousiasmante et de belles rencontres en perspective. Petit aperçu non exhaustif :)

Berges de Seine

Catégorie Education : Javier Gonzalez, Colombie

Instituteur colombien, Javier González a inventé une méthode d’alphabétisation qui permet d’apprendre à lire et écrire en six mois au lieu d’un an pour les méthodes classiques. Sa méthode inspirée des dominos et des puzzles a déjà été intégrée dans plusieurs programmes scolaires de pays d’Amérique latine, et est actuellement disponible en quatre langues : l’espagnol, le maya, l’anglais et le portugais. Les intérêts de cette méthode : elle peut s’exporter partout. De plus, une fois l’apprentissage de la lecture terminée, les élèves peuvent se concentrer sur d’autres apprentissages.

Prochains objectifs : traduire la méthode en français ; entrer en contact avec des organisations de professeurs, les mieux à même de plébisciter la méthode auprès des instances publiques.

Catégorie santé/solidaire : société Solvatten, Suède

Solvatten est le nom d’une unité portable de traitement de l’eau qui permet, grâce à l’énergie solaire, de traiter 11 litres d’eau en quelques heures pour la rendre potable. D’un aspect très simple, elle est en fait composée d’une matière plastique haute technologie qui exploite les UV du soleil pour traiter l’eau. Cette qualité lui permet d’être utilisable à peu près 10 mois sur 12 dans les pays de l’hémisphère sud, qui constituent potentiellement son premier marché. Actuellement, le prix d’une unité est de 80 dollars.

Prochains objectifs : trouver des entreprises prêtes à investir dans une production à grande échelle. Cet projet présente l’intérêt de pouvoir s’intégrer dans des initiatives de responsabilité sociale ou encore des programmes de compensation des émissions de CO2 des entreprises.

Pour en savoir plus : www.solvatten.se

Catégorie bien-être/solidaire : lunettes universelles, Pays-Bas

Jan Int’Veld a inventé des lunettes universelles : une paire de lunettes en plastique résistant et arborant une molette sur chaque  branche, grâce à laquelle on peut régler la correction de chaque œil. J’ai testé, et même si j’avoue préférer mes lunettes, le résultat était plutôt probant ! D’après leur inventeur, ces lunettes permettent de corriger environ 90 % des problèmes de vue. Leur coût de revient : deux ou trois euros !

Prochain objectif : faire parler de ces lunettes ; trouver des entreprises prêtes à financer la production et la distribution de ces lunettes.

[Mise à jour du 1er novembre 2013] Ce ne sont là que trois exemples de beaux projets qui ont la particularité d’être nés de l’initiative de particuliers et qui, grâce à cette manifestation et au bouche-à-oreilles, espèrent trouver un écho encore plus important et peut-être d’autres soutiens, des autorités publiques et d’entreprises, pour essaimer. Bien d’autres projets passionnants sont en lice pour le prix 1000 pionniers. Fait intéressant, les internautes peuvent voter en ligne jusqu’au 18 novembre pour choisir le projet qui les touche dans chaque catégorie représentée : bien-être et santé, éducation, environnement, solidarité, économie positive, mode, design et architecture. Un prix du public sera remis au projet qui aura recueilli le plus de voix. Je vous recommande donc d’aller sur le site afin de d’en découvrir d’autres. Chaque projet est présenté sous forme d’une vidéo courte très parlante, toujours enthousiasmante. Pour accéder au site, vous pouvez cliquer sur ce lien. À vos votes :)

[Mise à jour du 1er novembre] Ca y est, la première partie du concours est terminée et 30 finalistes sont désignés pour remporter le prix final. Vous pouvez les découvrir et voter pour eux sur la page suivante : http://www.newmanity.com/1000-pionniers/home. N’hésitez pas à faire passer l’info :)

Stigo, le scooter pliable

En bonus ; le Stigo, premier scooter pliable présenté lors de la manifestation

En visite dans des centres de coworking parisiens : mon cowotour

En 2012, la région Île-de-France a lancé un grand appel à projets afin de favoriser la création de tiers-lieux dans la région d’ici à la fin 2013. Un tiers-lieux, késako ? C’est simplement le nouveau concept trouvé pour désigner ces lieux où de plus en plus de personnes, actifs indépendants ou salariés, se regroupent pour travailler. En résumé et traduit en bon français, des espaces de coworking ! Le 19 juin, la Fonderie organisait le cowotour: au programme, visite guidée de plusieurs centres de coworking parisiens. En tant que « consommatrice potentielle-veilleuse sur le sujet », j’en étais :)

Je m’étais inscrite au tour numéro 4, qui passait par les centres BGE PaRIF, le Labo de l’édition, le Laptop, Studios singuliers et la Citizen Box. Et le lendemain, j’ai profité de la mini-conférence d’Anne-Sophie Novel à Ici Montreuil pour compléter mon tour. J’ai pu discuter avec les responsables de ces six lieux et les visiter. Basiquement, un centre de coworking se définit par trois caractéristiques : un cadre, un esprit, une communauté.

Cadre

Si tous les centres visités sont différents, ils ont tous en commun un cadre plutôt agréable et souvent atypique : première place du classement ex-aequo au Laptop, installé dans une verrière au milieu d’une cour intérieure très fleurie, et à Ici Montreuil et ses entrepôts réaménagés pour accueillir principalement des artisans (dans des ateliers de travail du bois ou de l’acier notamment). Dans un style plus classique, BGE PaRIF et Studios singuliers, qui est installé dans un hôtel d’entreprises mais a l’avantage de pouvoir accueillir plus de monde que le Laptop.

La petite cour du Laptop

La charmante petite cour du Laptop

Le cadre est un peu plus « fun » au Labo de l’édition et à la Citizen Box, mais pour le coup les locaux sont souvent utilisés pour organiser des événements, ce qui n’est pas forcément compatible avec le besoin de travailler au calme… Au Labo de l’édition, il est même conseillé de téléphoner avant de venir pour vérifier qu’il n’y a pas d’événement : un petit moins pour un lieu qui m’a beaucoup plu.

Esprit

Si chacun des centres visités a sa propre identité, tous ont en commun (me semble-t-il) de mettre en avant une envie de partage : bien sûr, ce partage peut se limiter au partage de l’espace… mais ce serait dommage. En général, l’ambiance est plutôt chaleureuse, les coworkeurs se retrouvent dans des espaces prévus à cet effet (pour préserver le calme des espaces de travail) ou lors de rassemblements réguliers. C’est le cas au Laptop et chez Studios singuliers, qui organise les jeudis singuliers.

Au-delà, ces relations peuvent aussi évoluer sur le plan professionnel et donner lieu, pourquoi pas, à des projets communs. C’était l’objectif de Pauline Thomas, la créatrice du Laptop, qui souhaitait dès le départ proposer aux travailleurs plutôt créatifs une complémentarité entre accompagnement et travail ensemble. Des coworkeurs résidents du Laptop ont d’ailleurs déjà collaboré sur des projets communs.  C’est aussi l’objectif du plus jeune Studios singuliers : créer des synergies entre les professionnels afin peut-être de répondre à plusieurs à des appels d’offres et travailler sur des projets communs.

J’ai aussi découvert une autre facette du coworking, le « co-making », où « making » est à prendre au sens manuel, fabrication : en l’occurrence, Ici Montreuil, qui met à la disposition de ses adhérents des ateliers partagés et des boutiques, est un bel exemple. En attendant de voir l’ouverture d’un nouveau centre dédié au co-making, WoMa, dans quelques mois à la Villette.

L'atelier de travail du bois

L’atelier de travail du bois d’ICI Montreuil

Communauté

Jusque là, les centres de coworking, à l’image de La Cantine, étaient plutôt réservés aux créatifs. Et moi de jouer ma Cosette, en me lamentant que je ne trouverais jamais le lieu qui me conviendrait, un lieu qui sans être aseptisé, ne serait pas réservé aux seuls « créatifs » :)

J’ai donc été heureusement surprise d’apprendre que le Labo de l’édition, bien que principalement tourné vers les métiers de l’édition de par ses activités (en plus d’être un lieu de coworking, c’est aussi un incubateur pour les jeunes pousses du secteur de l’édition), accueille tous les métiers dans son espace de coworking, tout comme BGE PaRIF et Studios singuliers, qui se veulent multidisciplinaires.

De son côté le Laptop reste dans le domaine créatif, avec l’objectif de développer une communauté design et Web (cela dit en passant, moi aussi j’en fais du Web, mais d’une autre manière disons…). La Citizen Box, qui accueille déjà des artistes, ouvre aussi la porte à des entrepreneurs de tous horizons, même si je trouve son énoncé quelque peu sibyllin  : mutualiser les moyens humains et techniques afin de mettre en place des actions pour transformer l’opportunité du numérique et développer de nouveaux modèles économiques. Hum… Il faudra que j’y retourne pour creuser ça :)

La suite ?

Cette demi-journée+soirée (chez Ici Montreuil) a été plutôt fructueuse et m’a convaincue de l’intérêt de chercher sérieusement mon ou mes futurs postes de travail. Je vais commencer par les tester : tous proposent de venir gratuitement travailler une demi-journée ou une journée pour s’imprégner de l’ambiance. A faire !

J’adresse mes remerciements à tous les gens qui m’ont (nous ont) accueilli(e)s les 19 et 20 juin : Pascale Prévot-Boissy, Camille Garnier, Camille Pène, PaulineThomas, Thomas Birault, Nicolas Bard, Grégoire Odou et à l’équipe de la Fonderie. Merci pour votre gentillesse et votre accueil et à bientôt peut-être  !

Une soirée avec les militants du bonheur

Rendez-vous au Cabaret sauvage le vendredi 7 juin, pour l’Alter Eco Festival ! Au menu, des rencontres avec l’équipe Alter Eco, bien entendu, mais aussi avec plusieurs acteurs du monde de l’économie sociale et solidaire, des jeux, de la musique, de la bonne cuisine et de la bonne humeur !

Vous connaissez Alter Eco ? Oui, moi aussi ! Enfin bon, je connaissais plus le chocolat que l’entreprise, je dois dire… Après avoir gagné ma place sur Facebook, j’ai quand même pris la peine de me renseigner sur mon hôte d’un soir. Voici le résumé de ce que j’ai glané sur Internet, puis sur place, auprès des « militants du bonheur », comme se nomment les membres de l’équipe : Alter Eco est une entreprise créée en 1998 qui met en place des partenariats avec des coopératives d’agriculteurs. De leur côté les agriculteurs disposent de la certification « commerce équitable » (Fairtrade / Max Havelaar) et s’engagent à respecter les principes d’une agriculture biologique et à taille humaine. De son côté, Alter Eco leur garantit une filière de distribution et surtout une rémunération juste, qui couvre leurs frais de production et leur garantit une marge, grâce à laquelle ils peuvent investir dans le développement de leur activité. Alter Eco a des partenariats avec 40 coopératives dans 25 pays dans le monde actuellement. Plutôt active initialement dans le Sud, l’entreprise développe depuis deux ans des partenariats avec des agriculteurs français engagés dans des pratiques agro-écologiques (Si ce mot ne vous parle pas, je vous invite à relire mon article sur Pierre Rabhi :)).

A l’occasion du festival, Alter Eco avait invité des associations apparentées, actives dans le domaine du développement durable et solidaire, regroupées dans le bien-nommé « Cabaret des initiatives ». J’y ai notamment rencontré des représentants d’e-graine, une association qui propose des formations au développement durable pour tous les publics, à travers des interventions dans des cercles privées ou des manifestations publiques. e-graine a également mis en place un site Web, Kiago, destiné à répertorier toutes les initiatives de développement durable qui valent la peine d’être diffusées et connues. Vous pouvez trouver la présentation de l’association .

Autre découverte, le Prakti, ou plus précisément le « nano prakti » : un minifour à charbon qui, en plus de consommer moins de charbon que les fours traditionnellement utilisés dans de nombreux pays, dégage également jusqu’à 90 % de fumées en moins. Les premiers exemplaires produits à grande échelle ont notamment été distribués en Haïti. Actuellement, les inventeurs du Prakti sont en recherche de financement. Leur objectif : continuer d’améliorer le produit et surtout réduire son coût de production pour diviser son prix par deux (60 dollars actuellement, ce qui reste évidemment cher pour son public cible). Le projet est (très bien) présenté sur le site kisskissbankbank, un site de crowdfunding dont je pense que je reparlerai probablement :). En bref, tout le monde peut répondre à l’appel et faire un don, petit ou gros, pour soutenir le projet. Tout est expliqué là : http://www.kisskissbankbank.com/nano-prakti-un-four-qui-sauve-des-vies. Attention, l’appel court jusqu’au 17 juillet seulement !

Conclusion : j’ai passé une bien belle soirée, placée sous le signe de l’optimisme de toutes ces initiatives et de la gaîté des cuivres de Ceux qui marchent debout et des Brésiliens d’Orquestra Do Fuba. Merci à Alter Eco, et longue vie à tous ces projets !

Adresse du site d’Alter Eco, qui explique tout bien mieux : http://www.altereco.com/

Oxfam Trailwalker 2013 : Yes, we can!

Samedi 25 mai 2013, 5h45 du matin. Rendez-vous au centre omnisports d’Avallon, QG d’Oxfam ce week-end, pour petit-déjeuner tous ensemble avant de prendre le départ de l’Oxfam Trailwalker. Ca y est, on y est, après plus de quatre mois d’entraînement à raison de 2 à 3 marches par semaine et des efforts de collecte qui nous ont permis de récolter près de 2 000 euros :)

Kilomètre zéro Nous passons la barrière de départ symbolique à 7h03. L’ambiance est à la bonne humeur. Nous sommes 188 équipes, soit 752 personnes, sans compter les supporters, à traverser la ville au petit matin… En espérant que les habitants du coin sont des lève-tôt… !

L'équipe sur le départ

L’équipe sur le départ

 

27e kilomètre Au PC2, nous avons droit à un déjeuner froid (sandwich et salade). Le moral est bon, malgré la pluie qui tombe par intermittences et le fait que nous sentons bien les dénivelés. Avec l’hiver pourri dont nous sortons à peine, nous n’avons pas vraiment eu l’occasion de faire beaucoup de marche en terrain irrégulier. Après trois mois de pluie discontinue, les chemins sont bien gadoueux. Objectif : atteindre le PC 4, à une distance de 57,3 km du départ, suffisamment tôt pour prendre une vraie pause dîner. La pause intermédiaire sera courte.

Facile !

Facile !

41e kilomètre Alors que je viens de ressentir mon premier vrai gros coup de ras-le-bol, entièrement personnel et intériorisé je vous rassure (« Raaah, que c’est long !! »), nous sortons de bois, dont je regrette la couverture contre la pluie… avant d’entrer dans d’autres bois, majestueux, qui entourent le réservoir de Chaumeçon. Il y a des cascades, de la mousse sur les arbres… Ca m’évoque Brocéliande… que je ne connais pas d’ailleurs ! Bref, c’est très beau. Le moral remonte en flèche.

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57e kilomètre Menu du dîner, premier repas chaud de la journée : pâtes, blanc de poulet et légumes, mais surtout pâtes. Nous le savourons ! Nos supporters nous rejoignent et sont aux petits soins pour nous, c’est très réconfortant. Préparation de la marche de nuit : pansements anti-ampoules un peu partout et jambes en l’air pendant une quinzaine de minutes. Après une grosse pause de 2 heures, nous mettons nos lampes frontales et partons pour ce qui, d’après le cahier de route, devrait être deux étapes de 7 kilomètres relativement faciles.

Pour le coup, nous déchantons… En fait nous passons les 14 kilomètres suivants à patauger dans la gadoue et la plupart du temps en descente… Résultat : nous mettons plus de quatre heures pour faire 14 km. Moyenne cassée et moral… un peu aussi ! Pour tout arranger, le froid devient plus prenant et la fatigue commence sérieusement à se faire sentir. Par moments, nous évoluons un peu comme de véritables zombies au milieu des champs, nous nous voyons et nous parlons à peine, ça devient difficile.

Nuit de pleine lune

80e kilomètre Nous retrouvons nos repères, et le joli pont que nous avions vu lors de l’entraînement du mois d’avril, avec le cours d’eau qui passe en dessous (ou serait-ce carrément l’Yonne ?!). Cette beauté et le soleil qui se lève enfin font beaucoup de bien, même si les pieds commencent à faire vraiment mal. Les kilomètres deviennent de plus en plus longs.

84e kilomètre Le petit-déjeuner qui fait du bien, même si j’ai mangé un sandwich il y a moins d’une heure. Je me sens un peu comme un estomac sur pattes (qui font mal), à avoir sans arrêt la dalle ! Il nous reste quatre heures et demie pour faire les 16 derniers kilomètres. Tout à fait faisable…! Ma consolation, c’est que je retrouve enfin un réseau digne de ce nom, donc Facebook (Yes!!). Ah ben mince, y’a personne en ligne à cette heure-ci…

Autour du 80e kilomètre

Autour du 80e kilomètre… le jour se lève

84e – 93e kilomètres  « Mais qu’est-ce que c’est ch**** la marche ! ». Vous l’avez compris, je vis donc mon deuxième (ou était-ce le troisième ?) gros coup de ras-le-bol. C’est long… A noter un petit progrès cependant : en cherchant un moyen de soulager mes pieds qui me font mal à chaque pas, je trouve une sorte de démarche entre la marche et la course à pied qui me permet d’éviter de poser tout le pied par terre. Ca soulage et miracle, je n’ai pas mal au genou et je ne me sens pas totalement épuisée ! Malheureusement, cet état de grâce n’est que (très) passager.

94e kilomètre Bon là y’en a marre, ras-le-bol. C’est pas possible, le gars qui a posé les panneaux de kilométrage s’est trompé ou alors on est carrément dans le rouge !! Et ils sont tous du complot : même ces gentils supporters et voisins qui viennent à notre rencontre sur le chemin pour nous dire : « C’est bon, c’est à à peine un ou deux kilomètres maximum ! ». Ils sont gentils, tout ça, mais purée, quand ça fait 95 kilomètres que tu marches… Ce ne sont pas des choses à dire !!

94e kilomètre Oh, du monde à nouveau… Nos supporters sont enfin levés, c’est pas trop tôt !!

Ils commencent par nous mitrailler avec leurs appareils photo : ça, c’était vraiment pas la peine. Puis ils nous accompagnent jusqu’à l’avant-dernier PC où on va juste pointer avant de repartir directement, histoire de ne pas traîner. Nous repartons sur du bitume. Moi qui il y a quelques jours encore maugréais contre les trottoirs de Paris et du Val-de-Marne, que j’ai beaucoup trop vus à mon goût pendant l’entraînement, hé bien je me retrouve à l’apprécier. C’est plat, c’est beau, y’a pas d’aspérité pour te tuer le pied à chaque pas que tu fais… C’est juste beau, quoi ! Ah mince, beauté et caractère surprenant d’un Morvan aux paysages variés oblige, le terrain change à nouveau… et revient à la caillasse !!! C’est reparti pour un dernier segment interminable, pendant lequel j’ai quand même le temps de me dire que finalement la gadoue, c’est pas mal comme amortisseur quand t’as mal aux pieds…

99e !

99 !

100e kilomètre YES, WE CAN ! Nous arrivons enfin sous les holas de la foule. Je trouve même presque la force de trottiner sur les derniers mètres (la vidéo s’il y en a une doit être d’anthologie). Nous l’avons fait, ça y est ! Notre temps : 29 heures et 10 minutes. We did it!

Voilà, ceci est mon témoignage totalement gratuit sur l’Oxfam Trailwalker 2013 tel que je l’ai vécu au sein de l’équipe des Yes, we can ! Je n’ai aucune intention de la jouer objective ou bisounours. C’est ma version toute personnelle, et je suis certaine que celles de mes « collègues » sont sans doute bien différentes :) Quoi qu’il en soit, je profite une nouvelle fois allègrement de cette plate-forme pour remercier les équipes d’Oxfam, salariées et bénévoles, pour une organisation et un accompagnement formidables de bout en bout, ainsi que toutes les personnes, supporters et donateurs, qui nous ont soutenues avant et pendant la marche : vos messages, même si nous n’avons vu certains d’entre eux qu’après l’épreuve, nous ont été d’une grande aide et nous ont beaucoup touchées (et là je parle au nom de l’équipe !). Un grand merci pour nous et pour Oxfam, qui a rempli son objectif principal d’ailleurs, en récoltant plus de 350 000 euros. Et ça n’est pas fini ! Notre page de collecte reste en ligne jusqu’à la fin du mois de septembre. Donc, si vous êtes décidé ou que nous vous avons convaincus… N’hésitez pas :)

Merci :)

Merci :)

De Stephen King à la consommation collaborative : épisode Un

Vous avez sans doute entendu parler du dernier Stephen King, 22/11/63 ? C’est le nouveau best-seller que beaucoup lisent en ce moment, moi-même je suis dessus depuis quelques semaines (bon, à ma décharge, il fait 700 pages… et je le lis en anglais :)). L’histoire : un professeur de lycée de 2011 trouve une porte qui le ramène dans le passé, plus précisément à l’année 58. Sa mission : tenter de changer le cours de l‘histoire, en empêchant l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy. En attendant de remplir cette mission, il va se construire une vie dans cette période qu’il n’a pas connue et découvrir un monde dans lequel les gens sont plus ouverts (du moins dans le monde des WASP américains, car la ségrégation règne dans ces temps-là…) et surtout où les gens sont nettement moins méfiants vis-à-vis des autres. L’un des exemples marquants est l’épisode où le narrateur se retrouve à marcher sur la route, et où tous les conducteurs s’arrêtent naturellement pour lui demander s’il a besoin d’être conduit quelque part alors même qu’il n’a rien demandé. Qui ferait spontanément cela aujourd’hui ?

Ce n’est qu’une anecdote parmi d’autres, mais elle m’a marquée, car elle montre l’écart entre cette époque et la nôtre, où nous passons énormément de temps à tout cloisonner, espaces personnels, familiaux, professionnels… parce que nous avons peur : peur d’être dérangé, peur d’être envahi dans notre espace personnel, peur d’être trompé, voire d’être agressé par l’autre. A une époque où l’a priori était la confiance a succédé une époque où on se méfie. Cet a priori éprouvant moralement et psychologiquement est un obstacle redoutable que la consommation collaborative doit vaincre afin de vraiment prendre son envol.

Le sujet de la consommation collaborative est à la mode, sans que le grand public, aidé en cela par les médias traditionnels, ne sache de quoi il s’agit. Ayant commencé à étudier le sujet depuis quelque temps, j’ai décidé d’essayer d’écrire dessus, histoire de débroussailler un peu le sujet et d’expliquer avec mes mots à moi comment je vois la consommation collaborative et en quoi ce thème et cet état d’esprit me séduisent.

Comme je ne sais pas faire court, mais que je dois faire court sous peine de perdre des lecteurs, je vais faire de cet article mon introduction d’une petite série. Je vous donne donc rendez-vous au prochain article pour la suite. En attendant, n’hésitez pas à me soumettre vos commentaires, réflexions ou questions ! :)

Pour plus d’infos sur le livre, vous pouvez cliquer ici ou  (en anglais).

À la rencontre de Monsieur Pierre Rabhi

Je connaissais son nom pour avoir lu ses éditos de temps à autre dans le magazine Psychologies. En dehors de cela, l’image que j’avais de Pierre Rabhi était plutôt floue : celle d’un partisan du retour à la terre et à une vie simple. En trois jours et deux événements, j’ai découvert un homme plus complexe que cela et surtout qui vaut la peine d’être connu et écouté. Retour à ce week-end.

Les Colibris

Vous connaissez la légende du colibri ? Un jour, la forêt prend feu et les animaux se retrouvent pétrifiés face au désastre, pris au piège. Alors le colibri s’envole et part collecter dans son bec minuscule une quantité d’eau qui l’est tout autant, pour la déverser tant bien que mal sur le feu. Les autres animaux lui demandent alors pourquoi il se donne tant de mal alors qu’il voit bien que c’est dérisoire. Le colibri leur répond qu’il tente de participer à son niveau à lui à résoudre le problème, il « fait sa part ».

C’est cette histoire qui a donné son nom au mouvement Colibris, que son actuel président Cyril Dion est venu présenter à l’occasion de l’Université de la Terre à l’UNESCO samedi dernier. Le mouvement Colibris regroupe des forums ouverts, répartis sur l’ensemble du territoire. Leur objectif : réfléchir à un nouveau projet de société. Chaque mouvement fonctionne selon un modèle de démocratie « horizontal », dans lequel des personnes qui n’ont pas la même perspective travaillent ensemble pour prendre des décisions qui conviennent à tous.

C’est par le biais de ce système que les « colibris » ont mis au point une feuille de route collective qui propose des mesures que chacun, citoyen, élus local, élu européen, entrepreneur, peut prendre afin de participer à faire évoluer la société dans un sens plus humaniste, en agissant mais aussi en infusant les idées dans la société et auprès des milieux politiques.

Au nom de la terre

Plutôt que le verbe « infuser », Pierre Rabhi, qui a inspiré le mouvement des « colibris », utilise plutôt celui d’ « inséminer ». Un terme surprenant s’il ne sortait pas de la bouche d’un paysan :) En effet, Pierre Rabhi est paysan. Paysan, écrivain et penseur. C’est un peu par hasard que je me suis retrouvée hier, avec une centaine de curieux, dans mon petit cinéma, à l’occasion de la projection d’un film-documentaire qui lui est consacré, « Au nom de la terre ». Si ce titre ne vous dit rien, c’est un peu normal : il n’y a que 20 à 25 copies en circulation de ce film, sorti de manière assez confidentielle dans les salles le 27 mars.

On y voit évoluer ce petit homme entre sa maison-ferme ardéchoise, le Burkina Faso et de nombreuses villes et campagnes françaises. Un peu partout, des gens font appel à lui afin de mettre en place un autre type de système agricole : un système biologique et respectueux de la terre. Des décennies avant tout le monde, Pierre Rabhi a été l’un des pionniers de l’agriculture biologique en France, et surtout de ce qu’il appelle l’« agro-écologie » : « agro » pour agriculture et « écologie » comme (j’ai dû rechercher dans le dictionnaire) « l’étude des relations des êtres vivants avec leur milieu ». On découvre dans ce film un homme simple et humble, militant pacifiste d’une agriculture qui respecte la terre et par là-même, les hommes qu’elle nourrit. Une agriculture qui n’existait plus, mais qu’il essaie inlassablement de promouvoir et de faire renaître depuis des années.

Avec l’avènement du bio et le retour en grâce de l’écologie ces dernières années, Pierre Rabhi fait maintenant plus parler de lui et profite de sa notoriété pour faire entendre sa voix, et ses méthodes, pacifistes (on est loin du fauchage des champs d’OGM), ont aujourd’hui plus de chances d’être entendues. En voyant le film, même si je n’ai pas adhéré à tout, je n’ai pu qu’admirer l’engagement d’un homme pour la vie, un engagement de plus de quarante ans. Je trouve aussi rafraîchissant dans ce film de voir écologie et agriculture réconciliées, mais aussi de voir à l’œuvre des personnes qui ont envie d’autre chose et ont choisi d’agir à leur niveau afin de changer le monde.

« Si on veut que la société change, c’est à chacun de nous d’agir de notre côté. »

En dehors d’être le slogan du mouvement « Tous candidats» présenté par les Colibris à l’élection présidentielle de 2012, ce leitmotiv me semble une belle conclusion aux débats de cette Université de la Terre. Un leitmotiv et un beau challenge, incarnés entre autres par Pierre Rabhi.

Pour aller plus loin, je vous recommande de chercher une salle où se joue encore le film (35 000 spectateurs au compteur, il en faut plus !) et pour ceux qui seront sur Paris ce samedi, de venir au OuiShareFest, forum de la consommation collaborative, qui aura lieu au Cabaret sauvage. Les Colibris y seront présents avec les Incroyables comestibles. Vous ne connaissez pas ? C’est la meilleure raison pour aller y faire un tour !

WikiStage : première réussie

Rendez-vous à l’école ESCP de Paris, dans un auditorium comble ce samedi 30 mars, pour la première de WikiStage. Au programme : des présentations courtes d’intervenants issus de sphères très variées, sur des sujets qui l’ont été tout autant. Le bilan : un après-midi intéressant et très éclectique, que je vais me contenter de résumer sur la base de quelques mots clés, d’autant que passer après Ludovic Lecordier dans l’exercice de la conclusion me semble pour le moins casse-cou ! :-)

Des idées

A la base d’une bonne présentation, WikiStage ou autre, il y a une idée qu’il s’agit de faire gonfler… pour la diffuser et lui faire prendre de l’ampleur. Ce que nous a démontré de manière efficace Phil Waknell, d’Ideas on Stage, qui outre sa présentation avait été chargé de coacher les intervenants du jour.

De l’optimisme

S’il y a un point commun que je retiens des idées présentées, c’est leur optimisme et leur fraîcheur plutôt plaisante en ces temps moroses. J’ai notamment apprécié les interventions de Philippe Gabilliet, maître es optimisme, et de Christian de Boisredon, un journaliste qui se démarque de ses collègues pourvoyeurs d’actualités anxiogènes en choisissant de mettre en avant les solutions plutôt que des problèmes sur le site Sparknews.

Des visions

WikiStage a donné l’occasion à des intervenants de différents milieux de venir présenter leur vision du monde actuel. Que l’on y adhère ou non (les présentations de Nicolas Bouzou et d’Idriss Aberkane ont chacune à sa façon provoqué des réactions très différentes dans ma rangée), c’était pour le moins rafraîchissant d’entendre des discours nouveaux, différents et surtout plus positifs que ceux auxquels nous avons droit tous les jours dans les médias.

Autre présentation enthousiasmante, celle du projet Disco-soupe, par Caroline Delboy. Un concept né en Allemagne et apparu en en France il y a un an, qui a déjà fédéré une vingtaine de villes. Le concept : récupérer des aliments condamnés à être jetés (parce qu’ayant passé la date de péremption ou parce que non calibrés) et organiser un atelier d’épluchage collectif avec qui veut afin de préparer soupes, salades… J’adhère :) Le calendrier des prochaines Disco Soupes est .

Je pourrais développer et parler encore de Pierre Carli, dont l’exposé sur les 6 minutes qui peuvent sauver une vie a été des plus percutants ou de la verve de Gadzby, mais je vais m’arrêter là car je pense et espère que mon message à moi est passé :-) Le format vidéo étant l’un des principes de WikiStage, le mieux est encore de vous inviter à aller voir par vous-même le résultat de cette première sur le site (disponible sous peu… !).