Parlons économie circulaire !

Hier, j’ai passé le début de soirée à la Recyclerie, un très bel endroit à la fois restaurant, ferme urbaine et haut lieu de promotion « des nouvelles pratiques du quotidien« , pour un apéro organisé par Koom autour de l’économie circulaire. L’occasion de rencontrer quatre acteurs de l’économie circulaire venus présenter leurs projets actuels au grand public, leur proposer des défis à relever dans la vie réelle… et proposer une définition de l’économie circulaire qui soit à la fois accessible et simple.

C’est quoi l’économie circulaire ?

Cela fait un certain temps que j’étudie le concept de mon côté, en lisant des articles et en assistant à des conférences sur le sujet. Pourtant, comme les professionnels qui étaient présents hier soir pour en parler, je me suis retrouvée un peu bloquée lorsque la question fatidique a été posée, pourtant la question la plus importante : « Pourriez-vous définir ce qu’est l’économie circulaire ?  » Il y a eu débat entre les intervenants pour savoir qui répondrait d’ailleurs🙂

Le concept étant large, j’ai été chercher une image suffisamment simple mais pertinente pour illustrer le concept.

Contrairement à notre modèle économique linéaire, dans lequel des matières sont extraites pour fabriquer un produit que le consommateur achète, puis utilise avant de l’envoyer en recharge, l’économie circulaire s’intéresse à une phase de la vie des produits à laquelle peu d’acteurs s’intéressent encore aujourd’hui : la phase d’utilisation du produit, celle qui suit son achat. Celle où le consommateur lui-même a aussi un rôle à jouer donc. Que devient-il, est-il utilisé, comment, tombe-t-il en panne…? Les acteurs de l’économie circulaire s’intéressent à tous les événements de cette vie et tentent de proposer des solutions (de réparation, de recyclage, d’upcycling) qui soient à la fois accessibles et confortables pour les consommateurs. Chapeau à David, de l’entreprise Jean Bouteille, qui s’est collé à l’exercice, pour une définition qui me parle et je pense a convaincu.🙂

Place aux acteurs

Comme je l’ai expliqué donc, quatre intervenants étaient venus présenter leur organisation hier soir. Voici leur présentation, dans l’ordre de la soirée.

Place à la seule femme présente parmi les intervenants, qui présentait l’association Zero Waste France, qui porte le message du Zéro déchet-Zéro Waste en France. Pourquoi « Zero Waste » plutôt que « zéro déchet » ? Parce que le mot anglais « waste » a une double-signification : « déchet », mais aussi « gaspillage ». L’objectif de Zero Waste est de promouvoir les modes de vie et de travail ne produisant ni déchet, ni gaspillage.

Le projet en cours de l’association Zero Waste France est la construction prochaine de la première maison Zéro déchet en France : elle sera à Paris, dans un local qui reste à trouver (d’ailleurs, l’association est en recherche active d’un local d’environ 250 mètres carrés sur Paris… et accueille toute suggestion). L’association a lancé une campagne de crowdfunding en ligne pour financer l’installation dont le premier palier a déjà été franchi avec brio. La campagne continue, les dons suivants serviront à amplifier la communication sur le projet… voire à construire des maisons zéro déchet dans d’autres villes françaises. Les défis proposés par Zéro Waste ? Participer à la campagne de crowdfunding, adhérer (le montant de l’adhésion est libre), ou encore participer à l’une des nombreuses actions ponctuelles qu’elle organise sur le terrain : la prochaine d’entre elles sera une opération de ramassage de mégots de cigarettes, en partenariat avec l’association Surfrider.

Illustration de la campagne Maison Zéro déchet sur Ulule

Illustration de la campagne Maison Zéro déchet sur Ulule

Le deuxième projet présenté était celui de l’entreprise Jean Bouteille. Son objet : remettre le système de consigne des bouteilles au goût du jour. L’entreprise propose à des magasins et entreprises d’installer des systèmes de consigne de bouteilles associés à des distributeurs de vrac liquide : huile, vin et vinaigre. Une fois les bouteilles consignées rendues par les clients du magasin, Jean Bouteille les récupère et les lave avant de les remettre à la disposition du magasin. Née dans le Nord, l’entreprise est encore peu présente en Ile-de-France (l’intervenant a mentionné un magasin Franprix à Nogent-sur-Marne et un magasin dans le 17e arrondissement de Paris). Le défi proposé au public : consommer sans emballage pendant sept jours. Le défi le plus relevé de la soirée à mon avis🙂

 

Le troisième projet était la plate-forme Mutum, un site en ligne qui permet le prêt et l’emprunt d’objets entre particuliers. Quand d’autres sites se sont développés autour de la location de ces objets qui dorment chez chacun de nous (en moyenne, chaque foyer français héberge 34 objets qui ne sont utilisés qu’une seule fois par an… quand ils sont utilisés). Pour reprendre l’exemple de la perceuse, souvent repris par les sites de location entre particuliers, les statistiques montrent que celle-ci n’est utilisée en moyenne que 12 minutes sur toute sa durée de vie. L’idée est donc d’éviter l’achat et d’emprunter la perceuse d’une personne près de chez soi. L’occasion de faire des économies, d’éviter de créer un déchet (cette perceuse finira un jour ou l’autre à la déchetterie) et pourquoi pas, de nouer des liens avec son voisin. Le défi proposé par Mutum ? Faire le tri chez soi pour dénicher ces objets inutilisés que l’on pourrait proposer au prêt sur leur plateforme.

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Le quatrième acteur présent était UpCycly. L’objectif d’UpCycly ? En trois mots, revaloriser nos déchets. L’équipe d’Upcycly intervient comme facilitateur d’ateliers participatifs d’upcycling dans des entreprises et auprès de particuliers, pour proposer aux personnes de transformer ce qui est normalement considéré comme des déchets en nouveaux objets. Upcycly réutilise notamment des chutes de bois et des palettes pour en faire des objets, des meubles (en photo ci-dessus, voici d’ailleurs mon horloge made by UpCycly :)). UpCycly a invité l’assistance à venir au Pré-Saint-Gervais le 26 novembre, pour participer à la prochaine Upcycly Fest,  un atelier d’upcycling collaboratif ouvert à tous les publics. Par ailleurs, UpCycly recherche activement une personne intéressée par ses activités à ayant la fibre commerciale pour communiquer sur ses activités et contribuer à son développement. Vous pouvez trouver toutes les infos et contacts sur leur page Facebook.

« C’est bien tout ça, mais qu’est-ce que nous, les gens, on peut faire ? »

Cette question posée dans le public hier était pertinente, car elle a permis de rappeler que chacun de nous est présent et a le pouvoir d’agir dans le cycle de vie des produits qu’il consomme, en n’achetant pas un produit qu’il n’utilisera que peu, en réparant, en réutilisant, en donnant, en upcyclant… Les possibilités sont multiples et valent la peine d’être diffusées🙂 Et Koom, hôte de la soirée, peut nous aider à passer à l’action : sa plateforme Web propose à des particuliers, des entreprises et des villes de relever des défis pour agir sur des enjeux liés au développement durable. Une autre source de conseils et d’infos et de mise en marche qui vaut la peine d’être suivie !

Mouvement civique en co-construction

Rentrée chez moi hier soir, je décide pour la première fois depuis longtemps de regarder ce qui passe à la télévision et je tombe sur l’émission « Des paroles et des actes », avec en vedette Nicolas Sarkozy apparemment en pleine forme qui déclare : « Moi je ne commente pas. J’agis ! » Je n’épiloguerai pas, car c’est le moment que j’ai choisi pour éteindre la télévision et changer d’écran…

Je ne sais pas vous, mais moi la perspective de revoir les mêmes se présenter aux élections en 2017 me déprime quelque peu… Comme l’a très bien dit Cynthia Fleury mercredi soir : « Nous sommes en train de préparer une redite de 2012. La France est en radotage complet. » Malgré leur caractère négatif, ces mots-là ont fait sourire l’assistance. Une assistance venue assister à une réunion organisée par le mouvement « Ma voix », des gens qui comme moi étaient « venus pour voir », ou des gens plus convaincus, venus pour travailler sur le projet. Dans une ambiance très positive et bienveillante.

L’objectif de « Ma Voix » ? « Hacker » l’Assemblée nationale, rien que cela. Comment ? En mettant en place un processus véritablement démocratique, qui serait le contrepoint du processus parlementaire actuel. Dans le système actuel, totalement cloisonné, les citoyens s’expriment une fois tous les cinq ans pour élire des représentants d’une élite qui restent ensuite entre eux et votent des lois sans rendre de compte ni à leurs électeurs, ni aux autres. Découragés, les gens n’ont que peu de moyens de s’exprimer : l’abstention et le vote extrême… et en ultime recours le « vote républicain ».

Pour sortir de ce « radotage », « Ma voix » a pour objectif de présenter – et faire élire – des candidats aux élections législatives de 2017. « Hacker » l’Assemblée nationale, ce serait y faire entrer des députés qui représenteraient véritablement des citoyens, tous les citoyens qui auraient choisi de participer. Techniquement, cette participation se déroulera sur une grande plate-forme en ligne (en co-construction), sur laquelle les citoyens pourront s’inscrire afin de débattre ensemble sur les projets de loi et voter. La mission des futurs députés « Ma voix » consistera alors à se répartir les voix exprimées sur la plate-forme afin de les faire entendre dans l’hémicycle. Une façon de casser la logique de députés à la botte du parti majoritaire, et de redonner la parole aux citoyens qui le souhaitent.

Pour atteindre la liberté, il te faut sauter

Pour atteindre la liberté, il te faut sauter !

 

Lancé par une poignée de personnes, le mouvement réunit et attire de plus en plus de personnes prêtes à réfléchir et participer : ce mercredi, l’échange avec Cynthia Fleury a été suivi d’ateliers de co-construction du projet. Car au-delà du côté utopique de présenter des candidats et de les faire élire, le projet met l’accent sur un aspect plus fondamental, qui est celui de la formation à la citoyenneté : une formation nécessaire pour accéder à ce que Cynthia Fleury appelle la « citoyenneté capacitaire », entendez une citoyenneté dans laquelle le citoyen ait vraiment une parole et l’exprime. Au-delà du (doux) délire de faire élire des députés, « Ma voix » c’est une plate-forme sur laquelle des citoyens de tous les horizons pourront se réunir et surtout se former, afin de participer aux débats et de voter en toute conscience. Ce processus de formation est déjà en cours, à travers les rencontres organisées avec des experts (c’était Cynthia Fleury mercredi, l’invitation est en cours pour la prochaine édition… et d’autres rassemblements s’organisent dans plusieurs villes de province aussi) et le travail de création d’un MOOC qui permettra de se former sur le système parlementaire français… Meilleur que ne l’ont jamais été mes cours d’éducation civique de collège🙂

Incomplet, le projet ? Bien sûr, car tout est en co-construction. Utopique ? Il le revendique ! Si cette utopie permet d’aller de l’avant en se formant et en essayant d’insuffler un peu plus de (vrai) débat, de positif et de souffle dans notre démocratie quelque peu croulante, je me dis… « allons-y ! ». Aux plus sceptiques, je conseille de regarder la conférence TEDX de Sandrine Roudaut sur l’utopie, dont j’aime en particulier la chute : « Si nos évidences sont les utopies d’hier, les évidences de nos enfants et de leurs enfants ne peuvent être que nos utopies. »

Si vous êtes sur Paris, rendez-vous le 16 mars pour la prochaine rencontre… ou pourquoi pas, pour connaître d’autres initiatives citoyennes, mercredi prochain, pour une Up conférence sur le thème Rebooter la démocratie !

Bonus

Un storify qui reprend les tweets qui ont fusé pendant la soirée : http://bit.ly/23Nos8M

Un entretien avec Cynthia Fleury sur son dernier livre, « Les irremplaçables » : http://revuetenten.com/cynthia-fleury/

Le site de Ma Voix : http://www.ma-voix.fr/

Pour un changement de narration : le cas particulier climat

Comment ça va, vous ? Personnellement, je vous avoue que j’ai passé la semaine un peu dans le brouillard, entre tristesse face aux vies fauchées dans un quartier, des lieux et une ville que je connais de près, et envie de me reprendre en main pour mieux profiter et faire quelque chose d’une vie que j’ai la chance de vivre.

Tâche peu aisée dans une actualité médiatique pleine, de scènes et de déclarations de guerre, que ce soit à la télévision, à la radio, ou sur Internet. Il y a une semaine, je me préparais à passer une première quinzaine de décembre sur un mode à la fois militant et festif, en participant à différentes initiatives citoyennes organisées en périphérie de la grand-messe de la COP21. Depuis une semaine, avec les attentats, le volet « société civile » de la COP21, celui qui devait faire du bruit pour tenter de mobiliser plus largement autour des enjeux qui seront discutés par des experts alors même qu’ils nous concernent tous, même si peu nous sommes peu à les comprendre dans leur globalité et surtout à saisir leur importance dans les crises actuelles (Nicolas Hulot en parle dans cette interview consacrée au Nouvel Obs cette semaine), a été quelque peu raboté.

C’est dans un état d’esprit toujours triste et un peu frustré, mais dans l’envie de voir quelque chose de positif et aussi de sortir de mon mode boulimie d’infos de la semaine que j’ai décidé d’aller voir le film Demain, qui passait en avant-première près de chez moi hier soir. Demain, c’est sans doute le premier film grand-public dont je sens qu’il a le pouvoir de sensibiliser et de vraiment mobiliser un plus grand nombre, au-delà du cercle des seuls « écolos » et autres « transitionneurs » déjà convaincus, pour changer les choses. La différence de Demain, c’est que même s’il parle du sujet environnement et rappelle, brièvement, la gravité de la situation de la planète, il choisit ensuite délibérément d’aller voir le versant positif plutôt que les problèmes : les initiatives que des hommes et femmes ont mis en place, un peu partout dans le monde, pour consommer et vivre autrement, et ainsi réduire leur impact sur la planète.

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Mon but n’est pas de commenter plus le film, dont vous trouverez une critique plus pertinente ici. Evidemment, le film m’a (beaucoup) plu. Mais ce qui m’a le plus interpelée, au-delà de la projection, c’est le témoignage de la représentante de l’une des associations citoyennes venues pour se présenter à l’occasion de l’avant-première : elle a raconté brièvement  comment elle avait milité au sein d’une association de militants écologistes pendant des années avant de se rendre compte qu’elle avait envie et besoin de passer à une autre approche. Une approche dans laquelle au lieu de dénoncer les problèmes et les crimes climatiques, elle changeait d’échelle et tentait de regarder autour d’elle ce qui se faisait concrètement pour passer à un autre mode de vie, pour adopter de nouvelles habitudes et sensibiliser ainsi autour d’elle à ces possibilités. Dans sa nouvelle association, elle est passée d’un mode d’expression plutôt « offensif » et dénonciateur, un mode d’expression de beaucoup d’associations environnementales et médias militants, à un autre type d’expression : un mode d’expression plus positif et constructif, qui permet de faire résonance avec le plus grand nombre. De fait, on reproche souvent leur agressivité et leur « rigidité » aux militants écologistes : si l’on se met à leur place, et que l’on voit la taille des lobbies et acteurs économiques auxquels ils sont confrontés, alors cette même agressivité m’apparait non seulement comme une réaction normale et totalement humaine (qui se sent agressé, riposte), mais aussi nécessaire (comment se faire entendre autrement ?).

 

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Malheureusement, cette agressivité et le mode de narration utilisé par les militants « purs » (sans parler de la narration qui est faite de ces mouvements) sont justement les éléments qui ont fait que j’ai été moi-même, pendant des années, totalement hermétique à leurs discours. Il est évident que même s’ils sont indispensables pour dénoncer et défendre beaucoup de causes, ils ne permettront pas d’atteindre une « masse critique », c’est-à-dire de sensibiliser et mobiliser toutes les personnes qui, au-delà des politiques et gouvernements, sont celles qui doivent changer leur vision du monde, leur mode de vie, et se mobiliser pour montrer à nos gouvernements qu’elles le veulent. Un autre panel de militantismes, armé d’outils de narration différents, est nécessaire.

 

De nouvelles scènes narratives pour la COP21

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Demain est l’un des beaux produits que peut produire cette nouvelle narration, et je lui souhaite une carrière à la hauteur (la sortie est programmée le 2 décembre en France). Outre le cinéma, les autres formes artistiques peuvent également contribuer à cette nouvelle narration : à l’occasion de la COP21, plusieurs scènes s’ouvrent pour lui laisser la place, et proposent à des artistes et créatifs de tous bords de participer. Sur Paris, ces scènes seront installées à plusieurs endroits et sous différentes formes : au 104, la Coalition Climat 21 a installé la Zone d’Action Climat, le lieu d’information parisien central sur la COP21, avec des projections, des performances artistiques qui accueillera notamment beaucoup de classes d’école.

A la Gaîté lyrique, la manifestation ArtCop21 réunira artistes, professionnels, scientifiques et penseurs pour explorer et réfléchir aux enjeux culturels liés au dérèglement climatique, avec au programme toute une série de projections et conférences du 1er au 11 décembre. Et près de la gare du Nord, ce sera Place To B, « lieu hybride » à la fois espace d’hébergement, de coworking, de création, de réflexion, de performances artistiques, d’échanges. Installé à cheval entre une auberge de jeunesse et un bar, Place To B accueillera des journalistes, blogueurs, artistes, créatifs, mais aussi citoyens lambda comme vous et (aussi :)) moi. L’idée : se réunir et « brainstormer » tous ensemble pour créer de nouveaux modes d’expression et de narration sur le climat, afin encore une fois de sortir des cercles d’initiés et de sensibiliser davantage de personnes à notre avenir. Pour casser la « montagne climat », celle qui nous paraît tellement énorme que nous restons sans rien faire, parce que nous nous sentons impuissants face à elle. Le programme complet sera publié ce lundi 23 novembre.

Place To B

B The Power, l’un des visuels de Place To B (photo personnelle, ce qui explique la qualité :))

 

Place to B sera (un peu) ma maison pendant les 15 jours de la COP21, même si j’irai aussi voir les autres lieux mentionnés ici et d’autres. Pour toucher du doigt cette nouvelle narration, voire vous y plonger, la faire vôtre et peut-être contribuer, je vous recommande de chercher votre propre maison. Au vu des multiples événements proposés en marge de la COP21, je suis sûre que vous trouverez🙂

Bonus

Le magazine Terraeco propose un MOOK spécial climat pour la COP21 : http://bit.ly/1laETtB

A noter, la sortie en DVD d’un autre chouette film sur la transition, En quête de sens, dont j’avais parlé et que vous pouvez commander

Les événements organisés par le mouvement de transition France : http://www.transitionfrance.fr/Energie/cop21/

Un calendrier non exhaustif mais assez riche d’événements ouverts au public : http://bit.ly/1E3oz17

 

In commons we trust!

Le 1er octobre, le Groupe SOS organisait une UP conférence sur le thème des communs en compagnie de Bruno Marzloff, Benjamin Coriat, Bertil de Fos, Gaël Musquet et Valérie Peugeot. L’occasion de mieux comprendre ce que sont les communs et d’apprendre pas mal de choses.

Il était une fois, dans la campagne anglaise du XVIIIe siècle, un paysan qu’on prénommera David pour l’histoire. David était pauvre et n’avait pas de richesse, mais il bénéficiait, pour assurer sa subsistance et celle de sa famille, d’un droit d’usage qui lui permettait d’exploiter un « Common » : une terre ouverte, accessible librement aux habitants de la même commune que David, pour leur permettre de cultiver et de se nourrir. David et ses congénères étaient pauvres, mais le droit d’usage et de glanage dont ils disposaient leur offraient l’autonomie alimentaire. Le problème, c’était que cette autonomie les rendait peu réceptifs aux campagnes de recrutement de l’armée ou des manufactures qui commençaient à ouvrir leurs portes partout dans le pays, à l’aube d’une grande révolution industrielle. C’est alors que le parlement décida, pour leur faire intégrer les usines et les rangs de l’armée, de clôturer et privatiser les terres partagées, les « commons » et de supprimer les droits d’usage et de glanage. Pour créer les tout premiers « enclosures ».

Aujourd’hui, le concept d’enclosure s’est beaucoup étendu et ne désigne plus uniquement la simple action de clôturer des terres agricoles, mais plus globalement celle qui consiste à s’approprier des ressources communes, matérielles ou immatérielles: la définition des communs est elle aussi sortie du seul champ agricole.

C’est quoi un commun ?

La notion de commun ou common est la somme de trois conditions :

  • C’est une ressource en accès partagé, naturelle ou immatérielle,
  • dont l’utilisation par les usagers est associée à des droits et soumise à des devoirs,
  • et dont la sauvegarde et la qualité sont assurée par une structure de gouvernance.

En l’absence d’une ou plusieurs de ces trois conditions, on ne parle pas de commun. Il existe des biens communs : ces biens réunissent les deux premières caractéristiques, à savoir d’être des ressources en accès partagé et dont l’utilisation est régie par des droits. Ce qui les distingue de véritables communs ? Le fait qu’ils sont soit très mal gouvernés, soit pas du tout gouvernés : c’est ce que l’on appelle la « tragédie des communs ».

La tragédie des communs

En quoi le manque de gouvernance d’un commun pose-t-il problème ? Parce qu’il rend possible son exploitation par des entreprises privées en vue de créer de nouveaux « enclosures ». Cela est vrai dans tous les domaines : dans le Web, on parle de privatisation des données, avec des géants comme Google qui tirent profit de communs pour les intégrer dans des applications et services fermés qu’ils monétisent. Dans le monde agricole, la création d’enclosures a contribué à intensifier l’exploitation des terres et à accélérer leur dégradation : formellement identifié dès les années 80, dans les pays du Sud, ce phénomène touche aujourd’hui toutes les terres partout dans le monde. Et la situation des paysans est aggravée par un autre type d’enclosure, le pillage dévastateur d’un autre type de commun : celui des semences. Comment ce pillage se déroule-t-il concrètement ? Imaginez que les équipes d’une firme de biochimie étudient et décodent les gènes ou le principe actif d’une culture millénaire ; imaginez qu’ensuite l’entreprise dépose un brevet d’innovation sur les molécules ainsi « décodées » : comme elle est devenue légalement propriétaire des molécules, les agriculteurs qui souhaitent cultiver celles-ci sont désormais obligés d’acheter des semences à la firme pour en avoir le droit. Aujourd’hui, des firmes comme Monsanto ont déposé des brevets sur des variétés de soja, de riz et de coton…

Le quinoa, culture millénaire bolivienne, a été brevetée (temporairement) aux États-Unis

Le quinoa, culture millénaire qui a été brevetée un temps aux Etats-Unis

En dehors du monde agricole, cette biopiraterie est aussi pratiquée par des entreprises pharmaceutiques, qui s’approprient des pratiques de médecine traditionnelle en les brevetant, limitant ainsi leur utilisation par les populations des pays dont elles sont pourtant originaires. Toutes ces grandes firmes sont les actrices d’un système de brevetage du vivant à très grande échelle qui contribue à accroître encore plus les inégalités, en plus d’aggraver les tensions entre pays du Nord et pays du Sud. Tous ces exemples montrent l’importance, mais aussi la complexité des mesures à prendre pour mettre en place une gouvernance globale afin d’édicter des règles et d’empêcher ce pillage.

 

Le mouvement pour les communs

Grand facilitateur d’un nouveau type d’« enclosure », le Web est également une plate-forme formidable pour des communautés qui tentent aujourd’hui de créer de nouveaux communs et d’instaurer une gouvernance sur les communs existants.

Leur idée : ouvrir un régime parallèle à ceux de la propriété publique et de la propriété privée, le régime des communs, qui permettrait d’instaurer une gouvernance sur des biens communs qui sont aujourd’hui privatisés par de grandes firmes privées de manière aussi autoritaire qu’illégitime, et autoriserait chacun, particulier ou entreprise, à utiliser les communs selon des règles appropriées et sans créer d’enclosure à son tour. Dans le système tripartite (incluant propriété privée, propriété public et communs) décrit par les intervenants lors de la Up conférence, chacun, collectivité, particulier ou entreprise pourrait également être producteur ou coproducteur de nouveaux communs. Les collectivités joueraient leur rôle aux côtés des communautés alternatives pour restaurer la gouvernance, mais aussi encourager les communautés qui produisent des communs et accompagner leur développement.

Le deuxième défi d’envergure consistera à réhabiliter ces ressources communes globales qui ne sont pas des communs aujourd’hui, mais dont la gestion exige la mise en place en place d’une gouvernance planétaire : ces ressources, ce sont l’air, les océans… et aussi le climat ! De fait, c’est l’un des principaux enjeux : parvenir à faire de ces « ressources » universelles des communs qui répondent à la définition de commun et bénéficient d’une véritable gouvernance. Une tâche extrêmement complexe, du  fait qu’elle implique la mise en action de réseaux complexes (villes, communautés rurales, etc.) et l’articulation de tous les niveaux de gouvernance.

La suite ?

Le sujet est vaste et la conférence était très riche. Pour en savoir plus sur tous ces sujets et éventuellement participer au mouvement, vous avez la possibilité de participer au festival Le temps des communs, qui organise des manifestations un partout en France jusqu’au 18 octobre. Last but not least, voici une liste des intervenants de la Up conférence, avec quelques infos supplémentaires sur chacun :

Gaël Musquet : cofondateur d’Openstreetmap France, section française d’un projet de cartographie ouvert et gratuit et initiatrice du projet BANO

Benjamin Coriat : économiste atterré et coauteur du livre « Le retour des communs – La crise de l’idéologie propriétaire »

Valérie Peugeot : chargée d’études prospectives chez Orange Labs et présidente de l’association VECAM (Réflexion et action pour l’Internet citoyen), qui organise le festival Le temps des communs.

Bertil de Fos : directeur du cabinet Auxilia (conseil en transition)

Bruno Marzloff : sociologue et directeur du cabinet d’études sociologiques Chronos.

Membres du Groupe SOS, Auxilia et Chronos collaborent ensemble afin de mettre en œuvre de nouvelles formes de gouvernance des communs (http://www.groupechronos.org/publications/blog/auxilia-et-chronos-vers-une-nouvelle-gouvernance-des-communs).

Lien vers la page de la Up conférence : http://up-conferences.fr/evenement/in-commons-we-trust

Pour un changement de narration : le journalisme de solutions (1/2)

Si je vous dis « journalisme d’impact », « journalisme de solutions » ou « journalisme positif », vous voyez de quoi je veux parler ? Personnellement, j’ai découvert – et été séduite – par ce concept lors d’une présentation de Sparknews il y a quelque temps, mais j’ai mis du temps avant de réussir à le décrire de manière à peu près intelligible et surtout sans provoquer des regards ennuyés ou incrédules. Les termes « solutions » et « positif » n’ont pas bonne presse (excusez l’image facile🙂 ) dans un paysage des médias mainstream plus souvent centré sur les problèmes et le sensationnel. Et pourtant, c’est un journalisme qui gagnerait à prendre plus de place.

Une journée mondiale du journalisme de solutions

Fondée en 2012 par Christian Boisredon, Sparknews est une entreprise sociale qui prône un journalisme dont le but est de mettre en lumière les solutions aux problèmes plutôt que les problèmes eux-mêmes. Elle promeut cette vision du journalisme sur ses plates-formes en ligne et, depuis deux ans, à travers une journée mondiale, l’« Impact Journalism Day » (IJD) : ce jour-là, fixé au 20 juin à partir de cette année, les rédactions de grands journaux du monde entier publient un numéro spécial solutions. Les dossiers et articles publiés proviennent d’un « pot commun » de contenus regroupés en amont par Sparknews auprès de chacune des rédactions, ou créés directement par ses équipes, dans lequel chacune peut opérer sa propre sélection pour compiler l’édition du jour. Au nombre de 22 en 2013, ils étaient 47 journaux à collaborer cette année. Une belle réussite dont une grande partie des responsables de rédaction et les équipes de Sparknews ont fait le bilan le lundi 8 septembre, en marge du Forum Mondial Convergences à Paris.

Media night 1

Les partenaires médias et sponsors de l’IJD

Le défi
Scepticisme, défiance face à une approche qui pourrait s’apparenter à faire de la propagande positive ou à un journalisme jugé pas sérieux : quel que soit leur pays ou leur lectorat, la majorité des responsables de rédaction qui ont travaillé sur l’Impact Journalism Day ont connu les mêmes hésitations et difficultés pour comprendre le projet au tout début. Au final, les quelque trente rédacteurs en chef qui étaient venus à Paris pour cette Media Night ont tous témoigné, certains avec émotion, de leur satisfaction et de leur volonté de poursuivre une aventure qui les a conduits à changer radicalement leur manière de travailler.

Les raisons d’être du journalisme de solutions
Pourquoi changer de journalisme alors que les gens continuent d’acheter et de lire les journaux conventionnels ? Pour remplir son rôle de journaliste : raconter des histoires qui inspirent et permettent aux gens de trouver des modèles, ne plus [uniquement] les indigner, mais les pousser à agir (dixit Lova Rabary-Rakotondravony, rédactrice en chef de L’Express de Madagascar). En s’appuyant sur un principe simple : pour s’approprier les solutions et les appliquer, les gens ont besoin de savoir qu’elles existent.

En modifiant leur façon de travailler pour aller rechercher des solutions à mettre en avant pour l’IJD, les journalistes ont pu découvrir que des gens agissaient sur le terrain (Glenda Estrada, El Heraldo, Honduras) et pu à eux tous compiler plus de 100 sujets différents. En ligne ou au format papier, les journaux sont d’excellents vecteurs de diffusion des solutions et des bonnes idées (Michalis Tsintsinis, TA NEA, Grèce), tant auprès des individus que des entreprises : ainsi, plusieurs solutions mises en avant à l’occasion de l’IJD ont été reprises et adaptées dans d’autres pays. Des entreprises telles que Total, partenaire « énergie » de l’Impact Journalism Day, qui opèrent dans de nombreux pays mais n’ont pas les moyens de déployer des outils partout pour s’informer et localiser les bonnes pratiques et solutions à l’échelle locale, sont également très demandeuses d’un journalisme qui se révèle un puissant outil de veille.

Journalisme de solutionsLe bilan et la suite
L’Impact Journalism Day 2015, c’était 47 grands journaux, 104 dossiers solutions diffusés, 120 millions de lecteurs, 22 millions de personnes touchées sur les réseaux sociaux ; l’après, ce sont des rubriques solutions régulières qui ont fait leur apparition dans plusieurs journaux (Tages Anzeiger, Le Figaro, La Regione Ticino), des collaborations qui se poursuivent hors-cadre (comme celle entre le Belge Le soir et le Marocain L’économiste en vue d’un dossier sur la vie des immigrés marocains en Belgique), et cinquante titres qui se sont déjà engagés à participer à l’édition 2016 : ces chiffres attestent de la réussite de l’Impact Journalism Day et, au-delà, d’un journalisme plus positif et axé sur les solutions. Un journalisme que tous les responsables de rédaction présents à la soirée souhaitent inscrire dans la continuité.

Comment encourager le journalisme de solutions ?
En l’achetant, en le consommant, en le relayant ! Au-delà des grands journaux partenaires de l’IJD, il existe bien sûr d’autres médias positifs qui travaillent à une narration différente et constructive. Dont je parlerai dans le deuxième article de la série🙂

Vous prendrez bien quelques extras ?
Un lien vers une vidéo (en anglais) de présentation de Sparknews : https://youtu.be/j01JFMlzOZQ
Impact Journalism Day 2015 : http://www.sparknews.com/fr/node/4656

Alternatiba, mouvement citoyen en co-construction

Au départ, Alternatiba est un mot basque qui signifie « alternative ». Depuis fin 2013, quelques irréductibles sont parvenus à le faire entrer dans la langue française, pour lui donner deux nouveaux sens. Explication de texte🙂

 

Alternatiba comme Village des initiatives

Alternatiba est le nom que ses bâtisseurs ont donné au premier village des initiatives, un village éphémère organisé en octobre 2013 à Bayonne dont l’objectif était de mettre en avant, de manière à la fois ludique et pédagogique, des solutions alternatives locales au dérèglement climatique. Des solutions à l’échelle humaine pour recycler, réutiliser, cultiver « plus propre », réduire ses déchets, mieux consommer… que les visiteurs auraient la possibilité et les moyens d’appliquer directement en rentrant chez eux, après les avoir testées en vrai sur le village.

 

Alternatiba comme Mouvement citoyen

Le succès de cette première manifestation, qui a attiré plus de 12 000 personnes, a sonné la naissance du mouvement Alternatiba. Afin de le faire grandir et essaimer, les organisateurs ont compilé et mis à la disposition de tous un kit méthodologique dont tout groupe de personnes motivées peut se servir afin d’organiser son propre village des alternatives sur son territoire. C’est sur les bases de ce kit qu’une soixantaine de groupes Alternatiba se sont créés entre la France, l’Espagne, la Suisse et la Belgique : plusieurs villages ont eu lieu sur l’année 2014, dans des territoires aussi disparates que Bordeaux ou Saint-Noiff (dans le Morbihan).

 

La suite ?

En 2015, l’ambition du mouvement international Alternatiba est de se multiplier et se démultiplier, afin de communiquer de manière positive et constructive sur les solutions que chacun, petit colibri, peut mettre en place à son niveau. Cette communication se fera à deux échelles différentes : à l’échelle globale, à travers le Tour Alternatiba, un tour cycliste d’un genre nouveau qui a été financé grâce à une campagne de financement participatif. Ce tour sera réalisé sur un vélo quatre places qui parcourra 5 000 kilomètres, entre Bayonne et Paris, et fera chaque jour deux étape à des endroits différents, afin de communiquer et de mobiliser les gens autour de la COP21 et du dérèglement climatique. À l’échelle locale, à travers les nombreux villages des alternatives qui sont en co-construction ou à co-construire : le Tour Alternatiba se clôturera le 26 septembre, dans ce qui sera le plus grand village Alternatiba de l’année, celui de Paris.

 

A nous de jouer !

Elle est magnifique cette carte, vous ne trouvez pas ?🙂 Si mon explication de texte vous a convaincu, je ne peux que vous encourager à aller visiter le site d’Alternatiba afin de trouver le groupe le plus proche de chez vous ou de voir comment vous pouvez créer le vôtre, pour participer au mouvement. Car pour continuer de grandir et d’essaimer, Alternatiba recherche des volontaires prêts à donner de leur temps : que ce soit pour accueillir les cyclistes du Tour Alternatiba, diffuser les informations sur les réseaux sociaux ou participer à la co-construction d’un futur village, les possibilités de donner un « Coup2Pouce » ne manquent pas !

Vous êtes sur Paris ou région parisienne ? N’hésitez pas à venir à l’Alternatibar qui aura lieu demain à partir de 19h30 à La Cantine, 5 Place du Colonel Fabien. Si vous êtes dans une autre région, toutes les infos sont là : https://alternatiba.eu/.

En quête de sens, un film de sourires

C’est l’histoire simple de deux potes d’école qui se retrouvent dix ans après avoir quitté les bancs de l’école : le premier, Nathanaël Coste, est réalisateur de documentaires sur la mondialisation ; l’autre, Marc de La Ménardière, est business developer dans une multinationale. Autant dire que les deux amis trouvent peu de sujets de discussion communs. Jusqu’à ce que Marc ait une prise de conscience et décide de tout plaquer pour partir avec Nathanaël à travers le monde. Leur but : découvrir le monde sous un œil neuf, afin de lui redonner du sens et de comprendre d’où le changement, dont ils ressentent le besoin au fond d’eux, doit venir. Le film issu de ce « road-movie » est sorti le mercredi 28 janvier.

 

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Il n’y a pas à dire : ce film donne la patate ! Comment ? Par les sourires qu’il contient.

Le sourire contagieux de ses deux réalisateurs, et surtout de Marc, pour qui ce voyage était vraiment une immersion dans un univers totalement inconnu. Un sourire à la fois ingénu et enthousiaste. Par leur fraîcheur et leur jeunesse (le mot est lâché), Nathanaël et Marc ont fait un film qui a du sens, et aussi le potentiel de toucher et convertir un public (je l’espère) plus nombreux.

Le plus grand sourire du film, c’est celui de toutes les personnes que les deux réalisateurs ont rencontrées et interviewées : toutes s’expriment avec un sourire qui, loin de l’ingénuité de Marc, est celui d’une grande sagesse. Une sagesse tirée d’années de réflexion et de recherches dans leur domaine de connaissance, et qui les a amenées à dresser la même conclusion, qu’elles soient scientifiques (Bruce Lipton), philosophes (Pierre Rabhi, sur qui j’avais écrit ), psychologues (Cassandra Vieten), chamanes ou militants altermondialistes (Vandana Shiva, une grande dame) : la nécessité d’un changement de civilisation, un changement qui doit venir de chacun. On est très loin du ton moralisateur trop souvent associé aux messages sur la transition écologique et le changement : ça fait du bien, et ça fait sens aussi.

Il y a un troisième sourire dans ce film : le sourire pluriel des quelque 963 « crowdfunders » qui ont contribué à sa post-production et permis à ce film de prendre vie et de pouvoir être diffusé aujourd’hui. Leurs noms apparaissent à la fin du générique du film. J’ai trouvé le défilé des noms sur l’écran, scruté attentivement par les coprods présents dans la salle, assez impressionnant🙂

 

Le seul « grief » que j’ai contre le film, c’est que je l’ai trouvé trop court ! J’aurais voulu en entendre et en voir plus, mais j’imagine aussi combien il a dû être difficile de le monter… Et je comprends qu’il était sans doute indispensable de limiter sa durée. Depuis mercredi, ses deux auteurs ont commencé un petit tour de France pour le présenter dans des salles de cinéma indépendantes… Maintenant il s’agit de le relayer et de faire suffisamment de bruit pour qu’il puisse être projeté dans plus de salles. Tout le monde peut participer et proposer d’organiser sa propre projection. A vous de jouer🙂

 

Le site du film : http://enquetedesens-lefilm.com/

La programmation : http://enquetedesens-lefilm.com/projections/

La page de la campagne du film : https://www.touscoprod.com/fr/enquetedesens

Une interview de Vandana Shiva en bonus : http://www.bastamag.net/Vandana-Shiva-Le-libre-echange-c

 

 

 

Bac à sable et boule(s) de neige

BeeoTop est un tiers-lieu ouvert début 2014 à Clichy à l’initiative de l’assureur Generali qui, outre un petit espace de coworking, héberge sur un mode permanent une vingtaine d’organisations sociales. Son but est de favoriser les échanges pour fédérer une communauté d’acteurs de l’engagement sociétal. Un lieu parfaitement approprié pour accueillir la Up Conférence du jeudi 15 janvier, à laquelle participait Than Nghiem. Le travail de Than Nghiem ? Accompagner des projets d’utilité générale dans le domaine du développement durable, un peu partout dans le monde. Son point particulier ? Elle applique une méthodologie innovante fondée sur les principes de l’open source : bac à sable et boule de neige.

 

Bac à sable

Than Nghiem prend en compte trois critères pour sélectionner les projets sur lesquelles elle travaille : l’envie et l’implication des porteurs de projet d’une part ; sa capacité à les aider d’autre part. Une fois, le projet sélectionné, il s’agit de trouver des experts (les « zèbres ») prêts à consacrer un peu de temps pour appliquer leurs compétences afin de faire avancer le projet. Elle offre à ces porteurs de solutions un « bac à sable » dans lequel ils peuvent se mélanger et « bidouiller » sans aucune règle. Un principe de développement décrit par Eric Raymond, inventeur du concept de l’open source, dans l’essai « La cathédrale et le bazar » en 1999.

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L’ingéniosité collective au travail (photo prise à l’exposition Wave)

 

Ce travail peut prendre la forme de hackatons, réunissant sur une période courte mais intense des experts prêts à faire avancer le projet, ou sur un plus long terme, de programmes de « fellowship », des bourses octroyées à des étudiants pour des périodes de trois ans afin de leur permettre de travailler au développement de projets sans entraves financières.

 

Boule de neige

Après le projet, l’objectif (et la beauté) de l’open source est de faire jouer l’effet « boule de neige » : l’idée est mettre à la disposition de tous le fruit de l’intelligence collective afin de permettre sa réplication n’importe où. Une fois un projet achevé avec succès, on regarde toutes les pratiques qui ont marché et on les diffuse, afin que d’autres puissent les « hacker », c’est-à-dire les appliquer directement à d’autres projets. C’est ce qui s’est passé et continue de se passer avec le projet Bedzed, auquel Than Nghiem a contribué. Cet écoquartier construit dans une banlieue de Londres il y a quelques années présente la particularité d’afficher un bilan carbone zéro. Aujourd’hui, il compte plusieurs répliques au Royaume-Uni et dans le reste du monde.

Autre illustration en France, Than Nghiem a participé au projet qui a vu la renaissance de la commune de Loos-en-Gohelle : cette ville située dans un bassin minier et qui était dans un état critique il y a quelques années est aujourd’hui un site de référence en matière de développement durable. Désignée comme « ville pilote d’interprétation du développement durable », elle devrait même faire l’objet d’une visite des dirigeants internationaux qui viendront en France en Décembre, à l’occasion de la COP21.

 

Conclusion : soyons barbares !

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En plus d’être une hackeuse, Than Nghiem est aussi une « barbare » : elle fait partie du collectif des cent barbares, un mouvement né début 2014 dont le mot d’ordre est de s’introduire dans les citadelles et bunkers, partout où il y a des problèmes, afin de travailler directement à les résoudre. Une innovation de type open source qui prône la bienveillance et une société plus ouverte, dans un manifeste publié (et modifiable par tous bien entendu J) ici. Un mouvement appelé (je l’espère) à essaimer et grandir !

Pour en savoir plus

Le livre de Than Nghiem : Des abeilles et des hommes : passerelles pour un monde libre et durable

Le manifeste des 100 barbares : http://bit.ly/15DN1eX

Le site de BeeoTop : http://www.beeotop.org/

Le site des Up conférences : up-conferences.fr/

Last but not least… Le site du prochain OuiShare Fest (en mai !) : http://2015.ouisharefest.com/

Nous sommes tous des arbres !

La Up Conférence de la semaine dernière au Café Mondes et Médias, avec Nicolas Métro, a attiré beaucoup de monde, entrepreneurs sociaux et autres curieux (dont je faisais partie). Au programme : métro, boulot, idéaux. Mais aussi de l’éthique. Et des arbres !

Savez-vous ce qu’est un baobab ? C’est un arbre géant majestueux, qui pousse pendant des siècles et étend ses ramifications haut dans le ciel. Selon Nicolas Métro, nous naissons tous baobabs, des rêves et de grandes ambitions plein la tête. Puis, sous l’effet de notre éducation, puis des conventions, nous oublions nos rêves de grandeur pour nous ratatiner… à l’état de bonsaïs. Formatés, conformes, tous un peu pareils. Un jour, Nicolas Métro s’est senti trop à l’étroit dans sa carrure de bonsaï, et il a ressenti le besoin de redonner du sens à sa vie. Aujourd’hui, plusieurs virages et douze ans plus tard, il l’a trouvé dans l’entreprise sociale qu’il a fondée, Kinomé.

Les baobabs, ces géants

Le baobab, ce géant

Kinomé, qui signifie « œil de l’arbre » en japonais, est la synthèse des deux « piliers » qui donnent son sens à la nouvelle vie professionnelle de Nicolas Métro : les arbres, pour lesquels il entretient une passion (en particulier les baobabs), et l’éthique. Plus précisément, Kinomé est une entreprise qui agit en faveur de la reforestation dans le monde, à travers le mouvement Forest & Life. Si elle n’est pas le premier acteur dans le domaine de la reforestation, elle se distingue par son approche éthique, centrée en premier lieu sur l’être humain.

C’est quoi, une approche éthique « centrée sur l’être humain » ?

Développons. Basiquement, au moment de l’étude d’un projet de reforestation, les experts de Kinomé tentent de répondre à la question suivante : comment transformer le problème de départ (le besoin de replanter des arbres) en solution aux problèmes propres à l’emplacement choisi, et surtout aux personnes qui y résident ? La forêt est indispensable à la vie : les êtres humains dépendent d’elle pour boire, manger, se soigner. Malheureusement, cet état de connaissances et les alertes les plus sérieuses n’ont pas suffi et ne suffiront pas à enrayer un phénomène de déforestation qui touche tous les pays du monde. D’autant que le plus souvent, la déforestation répond elle aussi à des besoins parfois impérieux : dans les pays en voie de développement, la forêt laisse souvent la place à des cultures vivrières ou est utilisée en tant que source de chauffage, voire comme combustible. Comment convaincre les personnes d’agir autrement ?

Kinomé prend le contre-pied des messages et morales habituels et démontre comment la forêt peut améliorer la vie dans le village ou la zone géographique spécifique où un projet de reforestation est à l’étude. En inversant la problématique, en remettant l’être humain et ses besoins fondamentaux au cœur du projet de reforestation, elle peut ainsi obtenir l’adhésion de tous les acteurs, entreprises, institutions et communautés, concernés, donc la réussite du projet. Cette approche éthique gagnerait sans doute à être répliquée dans d’autres domaines… Qu’en pensez-vous ?

Nicolas Métro a publié un livre, dans lequel il décrit son parcours et donne des pistes pour aider chacun à trouver sa propre voie et redevenir baobab, « Qu’est-ce qui te ferait danser de joie ? ». Un titre bien trouvé  pour un beau projet🙂

Pour en savoir plus

Le site des Up conférences : http://up-conferences.fr/

Le site de Kinomé : http://kinome.fr/

Le livre de Nicolas Métro : Qu’est-ce qui te ferait danser de joie ?

Et, en bonus, la vidéo d’une présentation donnée par Nicolas Métro lors d’une conférence TEDX : http://www.youtube.com/watch?v=NRy7VibovZk

 

Notre monde : un film-documentaire-débat à voir et à diffuser

Mardi 14 janvier : rendez-vous à la Gaîté Lyrique, pour la projection du film « Notre monde », un « objet cinématographique non identifié », sorti de manière plutôt confidentielle le 13 mars 2013 et qui depuis tourne tout aussi discrètement sur les écrans français. Son réalisateur Thomas Lacoste était là et a présenté le projet derrière le film.

L’idée de départ était la suivante : réunir des intellectuels de tous les domaines (philosophes, anthropologues, sociologues, professeurs…) et leur demander d’échanger et de débattre ensemble afin de développer une pensée commune autour de notre monde. Pendant dix jours, ces « intellectuels », répartis par domaines de réflexion (démocratie, Europe, justice, féminisme, etc.), se sont prêté à l’exercice sous les caméras de Thomas Lacoste et de son équipe. Un exercice rendu particulier par le fait que chaque intervenant a été « capté » de façon très serrée et apparaît au public dans sa simple enveloppe d’humain. Thomas Lacoste a voulu filmer « des corps en train de penser », afin de rétablir la proximité et de sortir du rapport classique de la distribution des savoirs encore très présent dans notre société, celui dans lequel le savant/professeur conserve une position de domination, du haut de sa chaire, sur les apprenants. Estimant qu’un concept n’a aucune force s’il ne rencontre aucun affect, Thomas Lacoste a voulu abolir cette distance. Et ainsi bousculé des clichés.

Cliché numéro 1 : notre monde est en crise

Depuis quand dure la crise ? 2009 ? Ce ne serait pas plutôt 2002 ? On y était pas déjà en 1986 !? À 41 ans, Thomas Lacoste vit depuis sa naissance, comme tous les représentants des générations X et Y d’ailleurs, dans un monde en crise. Le terme de crise est tellement employé depuis quarante ans qu’il en est aujourd’hui galvaudé. Au-delà d’une crise, au-delà des clichés recyclés par les politiques comme les médias, Thomas Lacoste et bien d’autres parlent de « révolution civilisationnelle ». Ce terme présente l’avantage supplémentaire de nous rendre acteurs de cette évolution. L’objectif de ces échanges était bien de dire l’urgence de travailler et penser ensemble, quels que soient les désaccords, afin de vivre au mieux cette révolution.

Cliché numéro deux : les experts sont ennuyeux (pour ne pas dire ch—-)

J’avoue que quand j’ai décidé d’aller voir le film, j’ai hésité pour une raison assez basique : mon état de fatigue relativement avancé. J’avais peur de m’endormir sous les assauts d’un intellectuel jargonneux dont le discours me laisserait sur le côté de la route, je l’avoue🙂 Alors certes, les concepts et la terminologie employés ne m’étaient pas tous familiers. Certes, tous ces intervenants brillants ne parlent pas un langage « courant ». Malgré cela, j’ai trouvé ce film passionnant pour ce qu’il met en avant : des idées et des perspectives nouvelles et différentes, qui bousculent pour certaines nombre d’idées et d’opinions qui sont ancrées en nous depuis des années, en grande partie parce que les médias et un monde politique peuplé de techniciens et de bureaucrates nous en abreuvent.

Une idée

Un « objet cinématographique » précieux

En donnant un espace de parole libre à des experts qui ont pris le risque de descendre de leur piédestal et d’aller au bout de leur réflexion pour proposer des solutions tangibles, Thomas Lacoste a réalisé un film précieux, dont je sors en me sentant plus « éclairée »  et aussi plus optimiste. Je vous le recommande🙂 Vous pouvez consulter l’agenda des prochaines projections, ainsi que l’intégralité des enregistrements qui ont servi au film sur son site Internet. Mais je vous conseille de commencer, si vous le pouvez, par voir le film, qui les synthétise dans un format cinéma de deux heures, avant de prolonger et approfondir en sélectionnant des « bouts » sur le site. Bon visionnage !

PS : ceci étant mon espace de parole, je me permets de citer mes préférés : André Grimaldi sur le système de santé, Bastien François sur la responsabilité politique et l’idée d’une VIe république, Françoise Héritier sur l’égalité des sexes, Jean-Pierre Dubois sur l’égalité et la justice sociale, Eric Alt pour son explication sur la crise des subprimes… N’hésitez pas à revenir me dire les vôtres en retour !🙂