Météo citoyenne d’un week-end de mai

Ouf !

Hier soir, au Cosy Corner, alors que je tentais — difficilement — de travailler pour faire taire l’angoisse qui me taraudait depuis quelques heures, les soupirs de soulagement de mes voisins de table et le son des klaxons dans la rue m’ont annoncé le résultat électoral. Soulagement. Soulagement de voir une campagne aussi violente que mauvaise, parfois indécente, prendre fin. Soulagement de ne pas voir passer l’Extrême-droite.

Ces prochains jours, j’ai décidé de savourer ce sentiment de soulagement jusqu’à la lie, et de ne pas me lamenter — encore ? — de ce que nous nous retrouvons avec un nouvel oligarque-banquier-et-que-sais-je-encore à la tête du pays. Je veux savourer le fait que notre démocratie, aussi bancale soit-elle, est simplement préservée. Parce que ce dimanche, j’ai simplement accompli mon devoir de citoyenne et que j’ai eu la chance — pour la première fois depuis longtemps — de me retrouver dans la majorité. Rideau sur la présidentielle.

Le mot de la fin par @NeinQuaterly, grand philosophe germano-américain très actif sur Twitter

Et ensuite ?

Aussi fort soit mon soulagement, le vrai flow citoyen de mon week-end, je l’ai expérimenté samedi, au milieu d’autres citoyens comme moi regroupés sur le toit de la Cité de la Mode et du Design. La raison de ce rassemblement : tirer au sort des volontaires pour représenter le mouvement Ma Voix aux élections législatives, dans un mois. Sexy, non ? 🙂 En découvrant Ma Voix, il y a un peu plus d’un an, j’ai rencontré des personnes un peu désabusées comme moi, qui s’étaient rassemblées autour d’un projet un peu fou : faire élire des députés à l’Assemblée nationale…

Ces députés seraient issus de la société civile, après avoir été tirés au sort parmi des volontaires, et prendraient part au vote des lois non pas sur la base de leurs convictions personnelles, mais sur celle des opinions exprimées par des milliers de citoyens sur une plateforme en ligne. Leur raison d’être : “hacker l’Assemblée nationale”, soit littéralement infiltrer un système législatif aujourd’hui verrouillé et rigide, pour y injecter un nouveau code, un peu de démocratie liquide.

Au printemps dernier, au cours de plusieurs soirées et week-ends de travail passés avec Ma voix, je me suis découvert animal politique : un animal politique qui avait envie de retrouver plus de prise sur sa vie et sa citoyenneté, pour sortir du rôle de simple électeur dans lequel il était confiné une fois tous les … ans.

J’ai contribué, comme des dizaines d’autres personnes, à la préparation de la première campagne législative du mouvement : une campagne organisée en un temps record, à l’occasion de la tenue d’une législative partielle anticipée dans une circonscription de Strasbourg.

J’ai des souvenirs mémorables de ces réunions. Je me rappelle de séances de test utilisateur sur la plateforme de formation créée spécialement pour former les futurs candidats (A quoi sert un député ?), de relecture des supports de formation sur notre système législatif, et aussi de cet après-midi de brainstorming fertile dont est sorti ce drôle de prototype d’affiche : imaginez une grande feuille de papier avec une feuille d’aluminium en son centre (créée sur place avec les moyens à disposition :))… Une affiche “miroir”, dans laquelle chaque électeur verrait son image reflétée… Une belle façon de marquer l’absence d’ego et la raison d’être de Ma Voix ?

Je me souviens de discussions enthousiastes mais enflammées entre les convaincus et les sceptiques, qui craignaient que ce soit trop original… voire trop cher. Hier, sur le toit de la Cité de la mode et du design, j’étais émue de revoir cette affiche qui est devenue celle de tous les futurs candidats Ma Voix, et surtout de retrouver une communauté, un mouvement, qui s’est véritablement épanoui en un an.

Hier, nous avons tiré au sort 86 personnes — 43 hommes et 43 femmes — sur les quelque 500 volontaires qui s’étaient inscrits, pour représenter Ma Voix dans 43 circonscriptions françaises. Nous avons surtout célébré la concrétisation d’une utopie, la poursuite d’une expérience collective à travers laquelle nous (ré)apprenons à nous approprier notre citoyenneté et à la vivre activement et en dehors des calendriers électoraux.

Une partie des candidats et de leurs soutiens : à gauche, on devine le flanc du bâtiment de l’Assemblée nationale. Au fond, les drapeaux surplombent l’entrée de la boutique de l’Assemblée Nationale, véritable curiosité locale par ailleurs 🙂 Pour des raisons de sécurité, les policiers ne nous ont pas autorisé à nous rassembler devant le bâtiment.

Bien sûr, si l’on regarde les choses objectivement, on constate qu’au total les candidats Ma Voix seront présents sur moins de 10 % du nombre total de circonscriptions. Bien sûr, il reste beaucoup de travail pour mener les campagnes dans chaque circonscription… et la collecte des quelque 2 500 euros nécessaires pour financer chaque campagne notamment ne sera pas une mince affaire. Bien sûr, cela reste une utopie.

Mais lorsque je regarde le chemin parcouru et que je vois, ressens, l’énergie qui transcendait tout le monde samedi (candidats, groupes de soutien, bénévoles et “simples” citoyens comme moi), je me dis que si le vrai pari est, comme je le pressens, de créer une nouvelle expérience citoyenne et une autre façon de s’engager, pour permettre à chacun de se réapproprier sa citoyenneté et de reprendre sa place dans l’espace public… alors ce pari-là est bien engagé. Et c’est bien ce qui compte 🙂

Le site de Ma Voix : https://www.mavoix.info/

Et vous, vous l’aimiez l’école ?

Après le rendez-vous O21 du Monde le week-end d’avant, la semaine dernière était encore une fois centrée sur l’éducation, avec l’avant-première du film “Une idée folle” de Judith Grumbach au Forum des images. Un gros coup de cœur pour un film à voir et diffuser absolument.

Indice pour les moins de… qui s’interrogeraient sur le titre du film 🙂

Le projet

Au tout début du projet, il y a une rencontre entre une réalisatrice, Judith Grumbach, en pleine interrogation sur l’éducation et l’école suite aux attentats de 2015 ; de l’autre, l’organisation Ashoka, qui souhaitait produire un film documentaire sur des écoles qui proposent des méthodes pédagogiques innovantes. La mission initiale de la réalisatrice était d’aller visiter neuf écoles, neuf “change maker schools” sélectionnées par Ashoka à travers la France pour proposer un reportage constitué de séquences de trois minutes par école.

Au final, elle est revenue de ce tour de France avec 26 heures de rushes et l’envie de rendre justice à tout ce qu’elle avait vu en proposant un long-métrage, qu’elle a enrichi des commentaires de trois experts (François Taddei, Jérôme Saltet et Emmanuel Davidenkoff). Petit portrait-robot de l’école idéale telle que je l’ai entrevue à travers ce film.

“ La colonne vertébrale de ces écoles : la citoyenneté.” Judith Grumbach

L’école que dévoile le film est autant lieu d’enseignement que laboratoire d’expérimentation : expérimentation de savoirs, pour permettre à chaque élève d’acquérir un corpus de connaissances de base (le programme de l’éducation nationale est suivi), mais aussi expérimentation citoyenne, pour apprendre à chaque élève à trouver sa place d’abord à l’école, puis plus tard en société, et cultiver chez lui des attitudes d’acteur de changement. Des compétences qui lui seront essentielles dans son futur professionnel.

Cette école fonctionne sur un mode plus horizontal : les enseignants n’y inculquent plus des savoirs du haut de leur chaire, mais sont au milieu de la classe, avec les élèves, et les assistent dans leur exploration, s’adaptant au mode d’apprentissage de chacun pour lui permettre de trouver les réponses par lui-même.

Elle n’est pas un lieu à part : elle s’intègre entièrement dans son écosystème, et bénéficie du soutien de tous, collectivités, parents et même riverains.

“Ce n’est pas un métier individuel : il faut former une équipe autour de soi.” Isabelle Peloux (Ecole du Colibri)

L’école idéale place au premier plan la bienveillance : bienveillance entre les enseignants et les élèves, bienveillance entre les élèves, bienveillance entre l’école et son environnement. Au cours des discussions qui ont suivi la projection, un spectateur a fait justement remarquer que pour faire preuve de bienveillance, il était important que les enseignants soient eux-mêmes bien dans leur peau. Une remarque confirmée par Isabelle Peloux, qui a rappelé que les enfants, surtout les plus petits, sont en recherche de repères : ils cherchent des adultes qui tiennent debout et qui leur donnent envie de grandir. Dès lors, des adultes plus libérés, qui aiment leur métier et disposent des moyens de l’exercer de la meilleure façon sont leurs meilleurs modèles.

Judith Grumbach, la réalisatrice, au milieu de trois des enseignants qui apparaissent dans le film

Last but not least : comme leurs enseignants, les élèves de cette école aiment y aller et s’y sentent comme chez eux. Bien sûr, nous ne sommes pas chez les Bisounours, il y a bien des heurts et des disputes. Mais le plaisir qu’ont tous les enfants, les parents et les enseignants des écoles montrées à être et vivre ensemble transparaît dans le film. C’est positif, joyeux et très beau 🙂

A la fin de la projection mardi, les applaudissements étaient nourris et l’émotion forte et palpable. La rumeur dit que Najat Vallaud-Belkacem aurait déclaré le film “de salubrité publique” ! Il s’agit maintenant de le diffuser autant que possible : des projections citoyennes sont programmées un peu partout… et l’équipe du film est prête à répondre à toutes les propositions. Vous pouvez les contacter au choix via le site du film ou sa page Facebook. A nous de jouer 🙂

Trouver sa place dans le monde

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“Deux jours pour trouver sa place dans le monde de demain” : c’était le “sous-titre” de l’événement O21, organisé par Le Monde Education à la Cité des Sciences et de l’Industrie ce week-end. Un événement auquel j’ai hésité à participer, car je n’avais clairement pas le profil du public visé : ni lycéenne, ni étudiante, ni même parent de … Malgré mes hésitations initiales, je ne regrette pas de m’être levée 🙂 Je me suis sentie plutôt à ma place et ce que j’ai entendu au cours des deux sessions que j’ai suivies dimanche matin, sur la créativité et l’autocensure, m’ont plutôt parlé.

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Jusqu’à il y a peu, la créativité, c’était pour les autres. J’y voyais une qualité de voir le monde, d’imaginer, de créer, une capacité de fantaisie (dans le sens littéraire du terme) dont j’étais totalement dépourvue. Depuis quelque temps, progressivement, je révise le côté catégorique de ce jugement. Un fait est clair : je ne serai jamais une artiste (sorry, Daddy :)). Mais je me découvre ces derniers temps des aptitudes et une (certaine) capacité de créativité et d’idéation que je n’aurais jamais soupçonnées. Comment ont-elles finalement émergé ? Par l’action conjointe de plusieurs facteurs qui, oh coïncidence, ont été cités par les “spécialistes” qui intervenaient hier lors de la session O21 sur la créativité. Revue de détail.

La créativité ne s’apprend pas… Elle se réveille

Comment ? Par des rencontres, par la confrontation à la nouveauté. Pourquoi ? “Pour activer sa créativité, pour entraîner ses réseaux de neurones et créer de nouveaux chemins neuronaux”. Une explication biologique de Stéphane Mallard-Cabocel qui m’a moins émue que le conseil plus poétique du consultant en créativité Rémi Sabouraud : “Mon conseil: se créer son propre cabinet de curiosité intérieur.” En entrant dans un musée alors qu’on ne l’avait pas forcément prévu, en allant voir un film qu’on n’était pas parti pour voir, en descendant du métro une station avant la sienne… En faisant des choses nouvelles, pour collecter des bouts d’expérience qu’on pourra mettre bout à bout pour faire émerger et trouver des idées. Pour faciliter la créativité, il faut faciliter l’expérimentation et le prototypage pour sortir du mode purement intellectuel dans lequel nous restons trop souvent bloqués.

Oui mais…

C’est bien beau, vous avez sans doute déjà lu des conseils comme ceux-là, n’est-ce pas ? Oui, bien sûr, et à mon âge avancé par rapport à la moyenne du premier public visé par O21, c’est également mon cas 🙂 Malgré cela, hier, tous ces conseils ont résonné en moi, sans doute plus qu’ils ne l’avaient fait auparavant, comme le font des conseils dont on sait au plus profond de soi qu’ils sont vrais et surtout qu’ils n’ont rien de gratuit. La session sur la créativité était très justement suivie d’une session sur l’autocensure (et surtout les moyens pour arrêter de s’autocensurer), au cours de laquelle l’un des intervenants l’a dit justement : “Vous pouvez vous dire que c’est facile pour nous de parler depuis cette scène. Il faut vous dire que nous étions comme vous au départ. Et que nous avons aussi beaucoup travaillé.”

Ma créativité : un chantier en construction

Personnellement, j’ai longtemps pratiqué l’autocensure, parfois aidée mais le plus souvent de moi-même. Hier, l’excellent slameur Loubaki a raconté l’histoire de LA rencontre qui l’a fait changer et sortir de la spirale de l’autocensure : une rencontre avec un professeur lors de sa troisième de droit, le premier qui lui ait dit : “Vous pouvez faire ce que vous voulez !”.

A la fin vous êtes votre propre enseignant : à vous d’explorer et de vous ouvrir à de nouvelles choses

De mon côté, j’ai mis un peu plus de temps, et j’ai eu besoin d’un peu plus de rencontres pour arriver à casser ma tendance à l’autocensure et à me donner un peu plus de crédit créatif. En fait, je continue de faire ces rencontres régulièrement.

Comment ? En sortant de chez moi pour aller coworker, c’est-à-dire travailler, déjeuner, échanger, avec des personnes aussi différentes entre elles que bienveillantes. Dans un lieu où je me sens appartenir à une communauté avec laquelle je partage des valeurs et dans laquelle je ne me sens à ma place. Pour réveiller sa créativité, les intervenants recommandaient hier de participer à des des jams, des hackatons, des bootcamps, et d’aller dans des tiers lieux afin d’échanger avec des personnes de différents horizons. De par mon expérience, je ne peux qu’être d’accord avec ce conseil. D’autant qu’aujourd’hui ça devient bien plus facile, du moins dans les grandes villes. C’est ce qui me donne envie aujourd’hui, un jour, de créer moi-même un lieu là où je vis : pour permettre aux personnes de se rencontrer, d’avoir des idées, de créer… de se faire leur place dans le monde d’aujourd’hui et de demain. Et vous, où en êtes-vous dans votre créativité ? 🙂

PS : en bonus, vous pouvez accéder en cliquant sur le lien ci-dessous à la vidéo du slam de Loubaki, « Dans les starting-blocks » (merci à Sonia Jouneau pour l’enregistrement).

Dans les starting-blocks

On est partis pour commencer à créer, 

On est partis pour ne plus s’arrêter, 

Ce parti vient bousculer les traditions 

Et s’il le faut on fera notre révolution

Loubaki (slam)

Réenchanter nos villes : on commence quand ?

Réenchanter les villes. Si comme moi vous vous intéressez au sujet de l’avenir des villes et de la transition citoyenne, vous n’avez pas manqué de voir ces mots souvent accolés l’un à l’autre ces derniers temps. Très à l’affût moi-même d’informations sur le sujet de l’avenir des villes et du rôle que les citoyens peuvent y jouer, je suis allée voir la conférence proposée par le magazine Kaizen à la Recyclerie lundi 20 février, sous le titre “Réenchanter sa ville : quels acteurs pour quelle transition”.

En termes d’acteurs, ils étaient quatre : des artistes, avec le collectif MU, des architectes (agence Devillers), la mairie de Paris et le collectif Yes We camp!, qui gère les Grands voisins, un formidable tiers-lieu, écosystème associatif et entrepreneurial, et laboratoire de hacking urbain en plein cœur de Paris.

Construire la ville autrement, avec ses habitants

Le collectif Yes We camp! est actif sur le site des Grands voisins, mais aussi et surtout à Marseille, d’où il est originaire. Son motto : créer des lieux “autorisants”, dans lesquels chacun peut expérimenter la ville autrement et a sa légitimité, des tiers-lieux dans lesquels les activités se développent en concomitance. Des villes comme Paris, qui prend peu à peu l’habitude de donner accès aux friches et terrains en attente de construction à des collectifs tels que Yes we camp! (il s’écoule souvent plusieurs années entre la mise à disposition d’un terrain et la construction), s’inspirent des modes de vie qui émergent de ces lieux pour construire la ville autrement, avec ses habitants plutôt que sans eux. Ainsi la ville de Paris a revu ses plans en ce qui concerne les futurs ensembles qui verront le jour sur le site des Grands voisins, sur la base des observations faites dans ce qui est un véritable laboratoire d’expérimentation.

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Ce mode de hacking urbain, par lequel les habitants se réapproprient leur ville pour mieux la modeler à leurs besoins et aussi mieux vivre ensemble, est encore marginal. Une personne dans le public a demandé comment il serait possible de tenter de telles expérimentations en dehors de Paris, dans les villes de province. Certaines villes les encouragent, en mettant à disposition des terrains ou des locaux inoccupés. Mais le plus souvent, ce sont des collectifs de citoyens qui repèrent des lieux inoccupés et les réinvestissent, avec ou sans autorisation.

Imagine…

Imaginez que ce type de tiers-lieu se propage au-delà de Paris et des grandes villes, dans les villes de province… et aussi de banlieue. Dans ma banlieue, le Val-de-Marne, de nombreux groupes et collectifs, à l’instar des Colibris, de l’association Boucles de la Marne en Transition (dont je fais partie), cherchent à promouvoir une transition vers des villes et territoires plus résilients et durables et où il fait meilleur vivre. Leur conviction : l’avenir des villes et des territoires se construira avec et par les citoyens.

J’ai un rêve…

Je rêve d’un tiers-lieu qui ne serait pas temporaire, un lieu qui accueillerait tout le monde, “transitionneurs” ou simples citoyens, et qui leur offrirait un espace dans lequel ils pourraient travailler, collaborer, co-construire notre territoire. Parce que la banlieue, c’est autre chose que des cités(-dortoirs). Parce que le “Grand Paris”, ce n’est pas que Paris. Je suis au début de la réflexion sur le sujet, et je recherche des personnes à qui il parle pour la poursuivre et éventuellement monter un projet. En guise de première étape, j’ai créé un groupe Meetup, dans lequel je compte proposer des rencontres ou des sessions de coworking dans différents tiers-lieux… L’idée étant de faire connaissance et aussi de découvrir ce qui se fait ailleurs pour y trouver des inspirations. Vous venez ? 🙂

NB : pour en savoir plus sur la conférence “Réenchanter la ville”, vous pouvez consulter son storify ici.

Le printemps sera citoyen !

Hier soir, le collectif Open Source Politics présentait le film documentaire “Un printemps citoyen” chez Volumes Coworking. Pour réaliser ce film autofinancé, Ryslaine Boumahdi s’est rendue dans plusieurs pays qui font actuellement figure de “laboratoires démocratiques” et qui sont assez proches de nous, notamment l’Espagne et l’Islande. Sans rien “spoiler”, voici un mini compte rendu de ce que j’ai ressenti et retenu pendant et après projection, pour vous donner envie d’aller le voir et de le diffuser 🙂

Premier ressenti : l’envie et le besoin de changement sont universels

Les gens qui nous gouvernent aujourd’hui ne nous représentent ni socialement, ni politiquement. Loïc Blondiaux

Que les intervenants soient américains, islandais, espagnols ou français, tous expriment la même chose, le même “écoeurement” face à un système qui n’est plus représentatif, que ce soit sur le plan social ou politique.

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La différence entre ces pays dans lesquels des transformations sont véritablement en place par rapport à la France ? Je retiens deux hypothèses avancées par la réalisatrice et par le professeur de science politique Loïc Blondiaux : une crise comparativement moins grave chez nous… et aussi des différences d’ordre culturel.

La démocratie au-delà d’institutions, c’est un état d’esprit de la société, une façon différente de faire société. Loïc Blondiaux

Deuxième ressenti : le changement viendra des villes

J’en étais déjà (quasiment) convaincue, le visionnage de ce film me conforte dans l’idée que c’est à l’échelon des villes que les citoyens peuvent véritablement s’engager et aussi que de nouveaux acteurs démocratiques (et les outils qu’ils développent) peuvent engager les citoyens : les villes de Barcelone et Madrid, “gagnées” par les héritiers du mouvement des Indignés en Espagne, sont à ce titre exemplaires et valent à elles seules de voir le film.

Je retiens aussi, là encore, l’exemple islandais de la Citizens Foundation, qui a créé une plateforme une semaine avant les élections municipales : à Reykjavik, la capitale islandaise, les électeurs ont utilisé en masse la plateforme pour répondre à l’appel du Parti pirate qui les invitait à co-créer le programme (1500 contributions de 20000 personnes, sur une population d’environ 40000 électeurs en une semaine !). Les intervenants interviewés dans le film le confirment : quand on laisse la parole aux individus sur des choses qui les concernent directement, alors ils s’engagent et sont force de proposition.

“La dernière fois qu’on m’a demandé mon avis ? Pour voter sur une obscure constitution européenne” (traduction -assez- libre d’un intervenant espagnol interviewé dans le film)

Troisième ressenti et conclusion : la Démocratie est un cheminement continu

Loïc Blondiaux l’a bien exprimé : même si l’on réécrivait la Constitution, il ne s’agirait pas de faire table rase du passé (et des Droits de l’homme et autres progrès obtenus depuis des siècles). D’autant qu’encourager une participation plus massive ne sera pas la garantie d’un pouvoir exercé pour le bien commun (les formidables outils et plateformes de participation déployés peuvent même être redoutables dans les mains d’acteurs “trumpistes”, selon la terminologie employée par Loïc Blondiaux). Bien utilisées, ces nouvelles plateformes peuvent apporter à notre vie démocratique la transparence et la capacité de contrôle qui manquent cruellement, pour enfin favoriser ce que les “anglophones” du film appellent une “responsive and accountable governance”, à savoir une gouvernance plus responsable, même si ce terme ne traduit pas entièrement le sens de l’anglais “accountability”. Pour mieux ce terme, je vous renvoie vers le film “Notre monde” , de Thomas Lacoste, sur lequel j’avais écrit un article, et en particulier cette explication de Bastien François, que je trouve très éclairant sur ce sujet : http://bit.ly/2mnPGkV.

Le constat est unanime : alors que nous sommes au 21e siècle, nos instances de décision politique datent du 18e siècle. Il serait sans doute temps de changer d’outils démocratiques, d’abord pour renforcer leur représentativité, et ensuite pour inciter les citoyens à s’engager et à participer à ce qui influe directement sur leurs vies. Car malgré le sentiment d’urgence insufflé sans arrêt par les médias, nos gouvernants, et aussi un système d’expression citoyen restreint à un vote toutes les (x) années… la démocratie est un processus qui se construit pour aujourd’hui et pour demain. Par des citoyens contributeurs plutôt que simples contribuables.

Autoproduit, le film est également proposé en “autodiffusion”. Traduction : le but est de diffuser ce film le plus possible ce printemps, dans des cinémas ou ailleurs. Si cela vous intéresse, vous pouvez contacter l’équipe de production et de diffusion (réduite à mon humble avis) directement sur la page Facebook du film.

En bonus : le compte rendu Storify de la soirée d’hier

Parlons économie circulaire !

Hier, j’ai passé le début de soirée à la Recyclerie, un très bel endroit à la fois restaurant, ferme urbaine et haut lieu de promotion « des nouvelles pratiques du quotidien« , pour un apéro organisé par Koom autour de l’économie circulaire. L’occasion de rencontrer quatre acteurs de l’économie circulaire venus présenter leurs projets actuels au grand public, leur proposer des défis à relever dans la vie réelle… et proposer une définition de l’économie circulaire qui soit à la fois accessible et simple.

C’est quoi l’économie circulaire ?

Cela fait un certain temps que j’étudie le concept de mon côté, en lisant des articles et en assistant à des conférences sur le sujet. Pourtant, comme les professionnels qui étaient présents hier soir pour en parler, je me suis retrouvée un peu bloquée lorsque la question fatidique a été posée, pourtant la question la plus importante : « Pourriez-vous définir ce qu’est l’économie circulaire ?  » Il y a eu débat entre les intervenants pour savoir qui répondrait d’ailleurs 🙂

Le concept étant large, j’ai été chercher une image suffisamment simple mais pertinente pour illustrer le concept.

Contrairement à notre modèle économique linéaire, dans lequel des matières sont extraites pour fabriquer un produit que le consommateur achète, puis utilise avant de l’envoyer en recharge, l’économie circulaire s’intéresse à une phase de la vie des produits à laquelle peu d’acteurs s’intéressent encore aujourd’hui : la phase d’utilisation du produit, celle qui suit son achat. Celle où le consommateur lui-même a aussi un rôle à jouer donc. Que devient-il, est-il utilisé, comment, tombe-t-il en panne…? Les acteurs de l’économie circulaire s’intéressent à tous les événements de cette vie et tentent de proposer des solutions (de réparation, de recyclage, d’upcycling) qui soient à la fois accessibles et confortables pour les consommateurs. Chapeau à David, de l’entreprise Jean Bouteille, qui s’est collé à l’exercice, pour une définition qui me parle et je pense a convaincu. 🙂

Place aux acteurs

Comme je l’ai expliqué donc, quatre intervenants étaient venus présenter leur organisation hier soir. Voici leur présentation, dans l’ordre de la soirée.

Place à la seule femme présente parmi les intervenants, qui présentait l’association Zero Waste France, qui porte le message du Zéro déchet-Zéro Waste en France. Pourquoi « Zero Waste » plutôt que « zéro déchet » ? Parce que le mot anglais « waste » a une double-signification : « déchet », mais aussi « gaspillage ». L’objectif de Zero Waste est de promouvoir les modes de vie et de travail ne produisant ni déchet, ni gaspillage.

Le projet en cours de l’association Zero Waste France est la construction prochaine de la première maison Zéro déchet en France : elle sera à Paris, dans un local qui reste à trouver (d’ailleurs, l’association est en recherche active d’un local d’environ 250 mètres carrés sur Paris… et accueille toute suggestion). L’association a lancé une campagne de crowdfunding en ligne pour financer l’installation dont le premier palier a déjà été franchi avec brio. La campagne continue, les dons suivants serviront à amplifier la communication sur le projet… voire à construire des maisons zéro déchet dans d’autres villes françaises. Les défis proposés par Zéro Waste ? Participer à la campagne de crowdfunding, adhérer (le montant de l’adhésion est libre), ou encore participer à l’une des nombreuses actions ponctuelles qu’elle organise sur le terrain : la prochaine d’entre elles sera une opération de ramassage de mégots de cigarettes, en partenariat avec l’association Surfrider.

Illustration de la campagne Maison Zéro déchet sur Ulule

Illustration de la campagne Maison Zéro déchet sur Ulule

Le deuxième projet présenté était celui de l’entreprise Jean Bouteille. Son objet : remettre le système de consigne des bouteilles au goût du jour. L’entreprise propose à des magasins et entreprises d’installer des systèmes de consigne de bouteilles associés à des distributeurs de vrac liquide : huile, vin et vinaigre. Une fois les bouteilles consignées rendues par les clients du magasin, Jean Bouteille les récupère et les lave avant de les remettre à la disposition du magasin. Née dans le Nord, l’entreprise est encore peu présente en Ile-de-France (l’intervenant a mentionné un magasin Franprix à Nogent-sur-Marne et un magasin dans le 17e arrondissement de Paris). Le défi proposé au public : consommer sans emballage pendant sept jours. Le défi le plus relevé de la soirée à mon avis 🙂

 

Le troisième projet était la plate-forme Mutum, un site en ligne qui permet le prêt et l’emprunt d’objets entre particuliers. Quand d’autres sites se sont développés autour de la location de ces objets qui dorment chez chacun de nous (en moyenne, chaque foyer français héberge 34 objets qui ne sont utilisés qu’une seule fois par an… quand ils sont utilisés). Pour reprendre l’exemple de la perceuse, souvent repris par les sites de location entre particuliers, les statistiques montrent que celle-ci n’est utilisée en moyenne que 12 minutes sur toute sa durée de vie. L’idée est donc d’éviter l’achat et d’emprunter la perceuse d’une personne près de chez soi. L’occasion de faire des économies, d’éviter de créer un déchet (cette perceuse finira un jour ou l’autre à la déchetterie) et pourquoi pas, de nouer des liens avec son voisin. Le défi proposé par Mutum ? Faire le tri chez soi pour dénicher ces objets inutilisés que l’on pourrait proposer au prêt sur leur plateforme.

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Le quatrième acteur présent était UpCycly. L’objectif d’UpCycly ? En trois mots, revaloriser nos déchets. L’équipe d’Upcycly intervient comme facilitateur d’ateliers participatifs d’upcycling dans des entreprises et auprès de particuliers, pour proposer aux personnes de transformer ce qui est normalement considéré comme des déchets en nouveaux objets. Upcycly réutilise notamment des chutes de bois et des palettes pour en faire des objets, des meubles (en photo ci-dessus, voici d’ailleurs mon horloge made by UpCycly :)). UpCycly a invité l’assistance à venir au Pré-Saint-Gervais le 26 novembre, pour participer à la prochaine Upcycly Fest,  un atelier d’upcycling collaboratif ouvert à tous les publics. Par ailleurs, UpCycly recherche activement une personne intéressée par ses activités à ayant la fibre commerciale pour communiquer sur ses activités et contribuer à son développement. Vous pouvez trouver toutes les infos et contacts sur leur page Facebook.

« C’est bien tout ça, mais qu’est-ce que nous, les gens, on peut faire ? »

Cette question posée dans le public hier était pertinente, car elle a permis de rappeler que chacun de nous est présent et a le pouvoir d’agir dans le cycle de vie des produits qu’il consomme, en n’achetant pas un produit qu’il n’utilisera que peu, en réparant, en réutilisant, en donnant, en upcyclant… Les possibilités sont multiples et valent la peine d’être diffusées 🙂 Et Koom, hôte de la soirée, peut nous aider à passer à l’action : sa plateforme Web propose à des particuliers, des entreprises et des villes de relever des défis pour agir sur des enjeux liés au développement durable. Une autre source de conseils et d’infos et de mise en marche qui vaut la peine d’être suivie !

Mouvement civique en co-construction

Rentrée chez moi hier soir, je décide pour la première fois depuis longtemps de regarder ce qui passe à la télévision et je tombe sur l’émission « Des paroles et des actes », avec en vedette Nicolas Sarkozy apparemment en pleine forme qui déclare : « Moi je ne commente pas. J’agis ! » Je n’épiloguerai pas, car c’est le moment que j’ai choisi pour éteindre la télévision et changer d’écran…

Je ne sais pas vous, mais moi la perspective de revoir les mêmes se présenter aux élections en 2017 me déprime quelque peu… Comme l’a très bien dit Cynthia Fleury mercredi soir : « Nous sommes en train de préparer une redite de 2012. La France est en radotage complet. » Malgré leur caractère négatif, ces mots-là ont fait sourire l’assistance. Une assistance venue assister à une réunion organisée par le mouvement « Ma voix », des gens qui comme moi étaient « venus pour voir », ou des gens plus convaincus, venus pour travailler sur le projet. Dans une ambiance très positive et bienveillante.

L’objectif de « Ma Voix » ? « Hacker » l’Assemblée nationale, rien que cela. Comment ? En mettant en place un processus véritablement démocratique, qui serait le contrepoint du processus parlementaire actuel. Dans le système actuel, totalement cloisonné, les citoyens s’expriment une fois tous les cinq ans pour élire des représentants d’une élite qui restent ensuite entre eux et votent des lois sans rendre de compte ni à leurs électeurs, ni aux autres. Découragés, les gens n’ont que peu de moyens de s’exprimer : l’abstention et le vote extrême… et en ultime recours le « vote républicain ».

Pour sortir de ce « radotage », « Ma voix » a pour objectif de présenter – et faire élire – des candidats aux élections législatives de 2017. « Hacker » l’Assemblée nationale, ce serait y faire entrer des députés qui représenteraient véritablement des citoyens, tous les citoyens qui auraient choisi de participer. Techniquement, cette participation se déroulera sur une grande plate-forme en ligne (en co-construction), sur laquelle les citoyens pourront s’inscrire afin de débattre ensemble sur les projets de loi et voter. La mission des futurs députés « Ma voix » consistera alors à se répartir les voix exprimées sur la plate-forme afin de les faire entendre dans l’hémicycle. Une façon de casser la logique de députés à la botte du parti majoritaire, et de redonner la parole aux citoyens qui le souhaitent.

Pour atteindre la liberté, il te faut sauter

Pour atteindre la liberté, il te faut sauter !

 

Lancé par une poignée de personnes, le mouvement réunit et attire de plus en plus de personnes prêtes à réfléchir et participer : ce mercredi, l’échange avec Cynthia Fleury a été suivi d’ateliers de co-construction du projet. Car au-delà du côté utopique de présenter des candidats et de les faire élire, le projet met l’accent sur un aspect plus fondamental, qui est celui de la formation à la citoyenneté : une formation nécessaire pour accéder à ce que Cynthia Fleury appelle la « citoyenneté capacitaire », entendez une citoyenneté dans laquelle le citoyen ait vraiment une parole et l’exprime. Au-delà du (doux) délire de faire élire des députés, « Ma voix » c’est une plate-forme sur laquelle des citoyens de tous les horizons pourront se réunir et surtout se former, afin de participer aux débats et de voter en toute conscience. Ce processus de formation est déjà en cours, à travers les rencontres organisées avec des experts (c’était Cynthia Fleury mercredi, l’invitation est en cours pour la prochaine édition… et d’autres rassemblements s’organisent dans plusieurs villes de province aussi) et le travail de création d’un MOOC qui permettra de se former sur le système parlementaire français… Meilleur que ne l’ont jamais été mes cours d’éducation civique de collège 🙂

Incomplet, le projet ? Bien sûr, car tout est en co-construction. Utopique ? Il le revendique ! Si cette utopie permet d’aller de l’avant en se formant et en essayant d’insuffler un peu plus de (vrai) débat, de positif et de souffle dans notre démocratie quelque peu croulante, je me dis… « allons-y ! ». Aux plus sceptiques, je conseille de regarder la conférence TEDX de Sandrine Roudaut sur l’utopie, dont j’aime en particulier la chute : « Si nos évidences sont les utopies d’hier, les évidences de nos enfants et de leurs enfants ne peuvent être que nos utopies. »

Si vous êtes sur Paris, rendez-vous le 16 mars pour la prochaine rencontre… ou pourquoi pas, pour connaître d’autres initiatives citoyennes, mercredi prochain, pour une Up conférence sur le thème Rebooter la démocratie !

Bonus

Un storify qui reprend les tweets qui ont fusé pendant la soirée : http://bit.ly/23Nos8M

Un entretien avec Cynthia Fleury sur son dernier livre, « Les irremplaçables » : http://revuetenten.com/cynthia-fleury/

Le site de Ma Voix : http://www.ma-voix.fr/

Pour un changement de narration : le cas particulier climat

Comment ça va, vous ? Personnellement, je vous avoue que j’ai passé la semaine un peu dans le brouillard, entre tristesse face aux vies fauchées dans un quartier, des lieux et une ville que je connais de près, et envie de me reprendre en main pour mieux profiter et faire quelque chose d’une vie que j’ai la chance de vivre.

Tâche peu aisée dans une actualité médiatique pleine, de scènes et de déclarations de guerre, que ce soit à la télévision, à la radio, ou sur Internet. Il y a une semaine, je me préparais à passer une première quinzaine de décembre sur un mode à la fois militant et festif, en participant à différentes initiatives citoyennes organisées en périphérie de la grand-messe de la COP21. Depuis une semaine, avec les attentats, le volet « société civile » de la COP21, celui qui devait faire du bruit pour tenter de mobiliser plus largement autour des enjeux qui seront discutés par des experts alors même qu’ils nous concernent tous, même si peu nous sommes peu à les comprendre dans leur globalité et surtout à saisir leur importance dans les crises actuelles (Nicolas Hulot en parle dans cette interview consacrée au Nouvel Obs cette semaine), a été quelque peu raboté.

C’est dans un état d’esprit toujours triste et un peu frustré, mais dans l’envie de voir quelque chose de positif et aussi de sortir de mon mode boulimie d’infos de la semaine que j’ai décidé d’aller voir le film Demain, qui passait en avant-première près de chez moi hier soir. Demain, c’est sans doute le premier film grand-public dont je sens qu’il a le pouvoir de sensibiliser et de vraiment mobiliser un plus grand nombre, au-delà du cercle des seuls « écolos » et autres « transitionneurs » déjà convaincus, pour changer les choses. La différence de Demain, c’est que même s’il parle du sujet environnement et rappelle, brièvement, la gravité de la situation de la planète, il choisit ensuite délibérément d’aller voir le versant positif plutôt que les problèmes : les initiatives que des hommes et femmes ont mis en place, un peu partout dans le monde, pour consommer et vivre autrement, et ainsi réduire leur impact sur la planète.

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Mon but n’est pas de commenter plus le film, dont vous trouverez une critique plus pertinente ici. Evidemment, le film m’a (beaucoup) plu. Mais ce qui m’a le plus interpelée, au-delà de la projection, c’est le témoignage de la représentante de l’une des associations citoyennes venues pour se présenter à l’occasion de l’avant-première : elle a raconté brièvement  comment elle avait milité au sein d’une association de militants écologistes pendant des années avant de se rendre compte qu’elle avait envie et besoin de passer à une autre approche. Une approche dans laquelle au lieu de dénoncer les problèmes et les crimes climatiques, elle changeait d’échelle et tentait de regarder autour d’elle ce qui se faisait concrètement pour passer à un autre mode de vie, pour adopter de nouvelles habitudes et sensibiliser ainsi autour d’elle à ces possibilités. Dans sa nouvelle association, elle est passée d’un mode d’expression plutôt « offensif » et dénonciateur, un mode d’expression de beaucoup d’associations environnementales et médias militants, à un autre type d’expression : un mode d’expression plus positif et constructif, qui permet de faire résonance avec le plus grand nombre. De fait, on reproche souvent leur agressivité et leur « rigidité » aux militants écologistes : si l’on se met à leur place, et que l’on voit la taille des lobbies et acteurs économiques auxquels ils sont confrontés, alors cette même agressivité m’apparait non seulement comme une réaction normale et totalement humaine (qui se sent agressé, riposte), mais aussi nécessaire (comment se faire entendre autrement ?).

 

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Malheureusement, cette agressivité et le mode de narration utilisé par les militants « purs » (sans parler de la narration qui est faite de ces mouvements) sont justement les éléments qui ont fait que j’ai été moi-même, pendant des années, totalement hermétique à leurs discours. Il est évident que même s’ils sont indispensables pour dénoncer et défendre beaucoup de causes, ils ne permettront pas d’atteindre une « masse critique », c’est-à-dire de sensibiliser et mobiliser toutes les personnes qui, au-delà des politiques et gouvernements, sont celles qui doivent changer leur vision du monde, leur mode de vie, et se mobiliser pour montrer à nos gouvernements qu’elles le veulent. Un autre panel de militantismes, armé d’outils de narration différents, est nécessaire.

 

De nouvelles scènes narratives pour la COP21

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Demain est l’un des beaux produits que peut produire cette nouvelle narration, et je lui souhaite une carrière à la hauteur (la sortie est programmée le 2 décembre en France). Outre le cinéma, les autres formes artistiques peuvent également contribuer à cette nouvelle narration : à l’occasion de la COP21, plusieurs scènes s’ouvrent pour lui laisser la place, et proposent à des artistes et créatifs de tous bords de participer. Sur Paris, ces scènes seront installées à plusieurs endroits et sous différentes formes : au 104, la Coalition Climat 21 a installé la Zone d’Action Climat, le lieu d’information parisien central sur la COP21, avec des projections, des performances artistiques qui accueillera notamment beaucoup de classes d’école.

A la Gaîté lyrique, la manifestation ArtCop21 réunira artistes, professionnels, scientifiques et penseurs pour explorer et réfléchir aux enjeux culturels liés au dérèglement climatique, avec au programme toute une série de projections et conférences du 1er au 11 décembre. Et près de la gare du Nord, ce sera Place To B, « lieu hybride » à la fois espace d’hébergement, de coworking, de création, de réflexion, de performances artistiques, d’échanges. Installé à cheval entre une auberge de jeunesse et un bar, Place To B accueillera des journalistes, blogueurs, artistes, créatifs, mais aussi citoyens lambda comme vous et (aussi :)) moi. L’idée : se réunir et « brainstormer » tous ensemble pour créer de nouveaux modes d’expression et de narration sur le climat, afin encore une fois de sortir des cercles d’initiés et de sensibiliser davantage de personnes à notre avenir. Pour casser la « montagne climat », celle qui nous paraît tellement énorme que nous restons sans rien faire, parce que nous nous sentons impuissants face à elle. Le programme complet sera publié ce lundi 23 novembre.

Place To B

B The Power, l’un des visuels de Place To B (photo personnelle, ce qui explique la qualité :))

 

Place to B sera (un peu) ma maison pendant les 15 jours de la COP21, même si j’irai aussi voir les autres lieux mentionnés ici et d’autres. Pour toucher du doigt cette nouvelle narration, voire vous y plonger, la faire vôtre et peut-être contribuer, je vous recommande de chercher votre propre maison. Au vu des multiples événements proposés en marge de la COP21, je suis sûre que vous trouverez 🙂

Bonus

Le magazine Terraeco propose un MOOK spécial climat pour la COP21 : http://bit.ly/1laETtB

A noter, la sortie en DVD d’un autre chouette film sur la transition, En quête de sens, dont j’avais parlé et que vous pouvez commander

Les événements organisés par le mouvement de transition France : http://www.transitionfrance.fr/Energie/cop21/

Un calendrier non exhaustif mais assez riche d’événements ouverts au public : http://bit.ly/1E3oz17

 

In commons we trust!

Le 1er octobre, le Groupe SOS organisait une UP conférence sur le thème des communs en compagnie de Bruno Marzloff, Benjamin Coriat, Bertil de Fos, Gaël Musquet et Valérie Peugeot. L’occasion de mieux comprendre ce que sont les communs et d’apprendre pas mal de choses.

Il était une fois, dans la campagne anglaise du XVIIIe siècle, un paysan qu’on prénommera David pour l’histoire. David était pauvre et n’avait pas de richesse, mais il bénéficiait, pour assurer sa subsistance et celle de sa famille, d’un droit d’usage qui lui permettait d’exploiter un « Common » : une terre ouverte, accessible librement aux habitants de la même commune que David, pour leur permettre de cultiver et de se nourrir. David et ses congénères étaient pauvres, mais le droit d’usage et de glanage dont ils disposaient leur offraient l’autonomie alimentaire. Le problème, c’était que cette autonomie les rendait peu réceptifs aux campagnes de recrutement de l’armée ou des manufactures qui commençaient à ouvrir leurs portes partout dans le pays, à l’aube d’une grande révolution industrielle. C’est alors que le parlement décida, pour leur faire intégrer les usines et les rangs de l’armée, de clôturer et privatiser les terres partagées, les « commons » et de supprimer les droits d’usage et de glanage. Pour créer les tout premiers « enclosures ».

Aujourd’hui, le concept d’enclosure s’est beaucoup étendu et ne désigne plus uniquement la simple action de clôturer des terres agricoles, mais plus globalement celle qui consiste à s’approprier des ressources communes, matérielles ou immatérielles: la définition des communs est elle aussi sortie du seul champ agricole.

C’est quoi un commun ?

La notion de commun ou common est la somme de trois conditions :

  • C’est une ressource en accès partagé, naturelle ou immatérielle,
  • dont l’utilisation par les usagers est associée à des droits et soumise à des devoirs,
  • et dont la sauvegarde et la qualité sont assurée par une structure de gouvernance.

En l’absence d’une ou plusieurs de ces trois conditions, on ne parle pas de commun. Il existe des biens communs : ces biens réunissent les deux premières caractéristiques, à savoir d’être des ressources en accès partagé et dont l’utilisation est régie par des droits. Ce qui les distingue de véritables communs ? Le fait qu’ils sont soit très mal gouvernés, soit pas du tout gouvernés : c’est ce que l’on appelle la « tragédie des communs ».

La tragédie des communs

En quoi le manque de gouvernance d’un commun pose-t-il problème ? Parce qu’il rend possible son exploitation par des entreprises privées en vue de créer de nouveaux « enclosures ». Cela est vrai dans tous les domaines : dans le Web, on parle de privatisation des données, avec des géants comme Google qui tirent profit de communs pour les intégrer dans des applications et services fermés qu’ils monétisent. Dans le monde agricole, la création d’enclosures a contribué à intensifier l’exploitation des terres et à accélérer leur dégradation : formellement identifié dès les années 80, dans les pays du Sud, ce phénomène touche aujourd’hui toutes les terres partout dans le monde. Et la situation des paysans est aggravée par un autre type d’enclosure, le pillage dévastateur d’un autre type de commun : celui des semences. Comment ce pillage se déroule-t-il concrètement ? Imaginez que les équipes d’une firme de biochimie étudient et décodent les gènes ou le principe actif d’une culture millénaire ; imaginez qu’ensuite l’entreprise dépose un brevet d’innovation sur les molécules ainsi « décodées » : comme elle est devenue légalement propriétaire des molécules, les agriculteurs qui souhaitent cultiver celles-ci sont désormais obligés d’acheter des semences à la firme pour en avoir le droit. Aujourd’hui, des firmes comme Monsanto ont déposé des brevets sur des variétés de soja, de riz et de coton…

Le quinoa, culture millénaire bolivienne, a été brevetée (temporairement) aux États-Unis

Le quinoa, culture millénaire qui a été brevetée un temps aux Etats-Unis

En dehors du monde agricole, cette biopiraterie est aussi pratiquée par des entreprises pharmaceutiques, qui s’approprient des pratiques de médecine traditionnelle en les brevetant, limitant ainsi leur utilisation par les populations des pays dont elles sont pourtant originaires. Toutes ces grandes firmes sont les actrices d’un système de brevetage du vivant à très grande échelle qui contribue à accroître encore plus les inégalités, en plus d’aggraver les tensions entre pays du Nord et pays du Sud. Tous ces exemples montrent l’importance, mais aussi la complexité des mesures à prendre pour mettre en place une gouvernance globale afin d’édicter des règles et d’empêcher ce pillage.

 

Le mouvement pour les communs

Grand facilitateur d’un nouveau type d’« enclosure », le Web est également une plate-forme formidable pour des communautés qui tentent aujourd’hui de créer de nouveaux communs et d’instaurer une gouvernance sur les communs existants.

Leur idée : ouvrir un régime parallèle à ceux de la propriété publique et de la propriété privée, le régime des communs, qui permettrait d’instaurer une gouvernance sur des biens communs qui sont aujourd’hui privatisés par de grandes firmes privées de manière aussi autoritaire qu’illégitime, et autoriserait chacun, particulier ou entreprise, à utiliser les communs selon des règles appropriées et sans créer d’enclosure à son tour. Dans le système tripartite (incluant propriété privée, propriété public et communs) décrit par les intervenants lors de la Up conférence, chacun, collectivité, particulier ou entreprise pourrait également être producteur ou coproducteur de nouveaux communs. Les collectivités joueraient leur rôle aux côtés des communautés alternatives pour restaurer la gouvernance, mais aussi encourager les communautés qui produisent des communs et accompagner leur développement.

Le deuxième défi d’envergure consistera à réhabiliter ces ressources communes globales qui ne sont pas des communs aujourd’hui, mais dont la gestion exige la mise en place en place d’une gouvernance planétaire : ces ressources, ce sont l’air, les océans… et aussi le climat ! De fait, c’est l’un des principaux enjeux : parvenir à faire de ces « ressources » universelles des communs qui répondent à la définition de commun et bénéficient d’une véritable gouvernance. Une tâche extrêmement complexe, du  fait qu’elle implique la mise en action de réseaux complexes (villes, communautés rurales, etc.) et l’articulation de tous les niveaux de gouvernance.

La suite ?

Le sujet est vaste et la conférence était très riche. Pour en savoir plus sur tous ces sujets et éventuellement participer au mouvement, vous avez la possibilité de participer au festival Le temps des communs, qui organise des manifestations un partout en France jusqu’au 18 octobre. Last but not least, voici une liste des intervenants de la Up conférence, avec quelques infos supplémentaires sur chacun :

Gaël Musquet : cofondateur d’Openstreetmap France, section française d’un projet de cartographie ouvert et gratuit et initiatrice du projet BANO

Benjamin Coriat : économiste atterré et coauteur du livre « Le retour des communs – La crise de l’idéologie propriétaire »

Valérie Peugeot : chargée d’études prospectives chez Orange Labs et présidente de l’association VECAM (Réflexion et action pour l’Internet citoyen), qui organise le festival Le temps des communs.

Bertil de Fos : directeur du cabinet Auxilia (conseil en transition)

Bruno Marzloff : sociologue et directeur du cabinet d’études sociologiques Chronos.

Membres du Groupe SOS, Auxilia et Chronos collaborent ensemble afin de mettre en œuvre de nouvelles formes de gouvernance des communs (http://www.groupechronos.org/publications/blog/auxilia-et-chronos-vers-une-nouvelle-gouvernance-des-communs).

Lien vers la page de la Up conférence : http://up-conferences.fr/evenement/in-commons-we-trust

Pour un changement de narration : le journalisme de solutions (1/2)

Si je vous dis « journalisme d’impact », « journalisme de solutions » ou « journalisme positif », vous voyez de quoi je veux parler ? Personnellement, j’ai découvert – et été séduite – par ce concept lors d’une présentation de Sparknews il y a quelque temps, mais j’ai mis du temps avant de réussir à le décrire de manière à peu près intelligible et surtout sans provoquer des regards ennuyés ou incrédules. Les termes « solutions » et « positif » n’ont pas bonne presse (excusez l’image facile 🙂 ) dans un paysage des médias mainstream plus souvent centré sur les problèmes et le sensationnel. Et pourtant, c’est un journalisme qui gagnerait à prendre plus de place.

Une journée mondiale du journalisme de solutions

Fondée en 2012 par Christian Boisredon, Sparknews est une entreprise sociale qui prône un journalisme dont le but est de mettre en lumière les solutions aux problèmes plutôt que les problèmes eux-mêmes. Elle promeut cette vision du journalisme sur ses plates-formes en ligne et, depuis deux ans, à travers une journée mondiale, l’« Impact Journalism Day » (IJD) : ce jour-là, fixé au 20 juin à partir de cette année, les rédactions de grands journaux du monde entier publient un numéro spécial solutions. Les dossiers et articles publiés proviennent d’un « pot commun » de contenus regroupés en amont par Sparknews auprès de chacune des rédactions, ou créés directement par ses équipes, dans lequel chacune peut opérer sa propre sélection pour compiler l’édition du jour. Au nombre de 22 en 2013, ils étaient 47 journaux à collaborer cette année. Une belle réussite dont une grande partie des responsables de rédaction et les équipes de Sparknews ont fait le bilan le lundi 8 septembre, en marge du Forum Mondial Convergences à Paris.

Media night 1

Les partenaires médias et sponsors de l’IJD

Le défi
Scepticisme, défiance face à une approche qui pourrait s’apparenter à faire de la propagande positive ou à un journalisme jugé pas sérieux : quel que soit leur pays ou leur lectorat, la majorité des responsables de rédaction qui ont travaillé sur l’Impact Journalism Day ont connu les mêmes hésitations et difficultés pour comprendre le projet au tout début. Au final, les quelque trente rédacteurs en chef qui étaient venus à Paris pour cette Media Night ont tous témoigné, certains avec émotion, de leur satisfaction et de leur volonté de poursuivre une aventure qui les a conduits à changer radicalement leur manière de travailler.

Les raisons d’être du journalisme de solutions
Pourquoi changer de journalisme alors que les gens continuent d’acheter et de lire les journaux conventionnels ? Pour remplir son rôle de journaliste : raconter des histoires qui inspirent et permettent aux gens de trouver des modèles, ne plus [uniquement] les indigner, mais les pousser à agir (dixit Lova Rabary-Rakotondravony, rédactrice en chef de L’Express de Madagascar). En s’appuyant sur un principe simple : pour s’approprier les solutions et les appliquer, les gens ont besoin de savoir qu’elles existent.

En modifiant leur façon de travailler pour aller rechercher des solutions à mettre en avant pour l’IJD, les journalistes ont pu découvrir que des gens agissaient sur le terrain (Glenda Estrada, El Heraldo, Honduras) et pu à eux tous compiler plus de 100 sujets différents. En ligne ou au format papier, les journaux sont d’excellents vecteurs de diffusion des solutions et des bonnes idées (Michalis Tsintsinis, TA NEA, Grèce), tant auprès des individus que des entreprises : ainsi, plusieurs solutions mises en avant à l’occasion de l’IJD ont été reprises et adaptées dans d’autres pays. Des entreprises telles que Total, partenaire « énergie » de l’Impact Journalism Day, qui opèrent dans de nombreux pays mais n’ont pas les moyens de déployer des outils partout pour s’informer et localiser les bonnes pratiques et solutions à l’échelle locale, sont également très demandeuses d’un journalisme qui se révèle un puissant outil de veille.

Journalisme de solutionsLe bilan et la suite
L’Impact Journalism Day 2015, c’était 47 grands journaux, 104 dossiers solutions diffusés, 120 millions de lecteurs, 22 millions de personnes touchées sur les réseaux sociaux ; l’après, ce sont des rubriques solutions régulières qui ont fait leur apparition dans plusieurs journaux (Tages Anzeiger, Le Figaro, La Regione Ticino), des collaborations qui se poursuivent hors-cadre (comme celle entre le Belge Le soir et le Marocain L’économiste en vue d’un dossier sur la vie des immigrés marocains en Belgique), et cinquante titres qui se sont déjà engagés à participer à l’édition 2016 : ces chiffres attestent de la réussite de l’Impact Journalism Day et, au-delà, d’un journalisme plus positif et axé sur les solutions. Un journalisme que tous les responsables de rédaction présents à la soirée souhaitent inscrire dans la continuité.

Comment encourager le journalisme de solutions ?
En l’achetant, en le consommant, en le relayant ! Au-delà des grands journaux partenaires de l’IJD, il existe bien sûr d’autres médias positifs qui travaillent à une narration différente et constructive. Dont je parlerai dans le deuxième article de la série 🙂

Vous prendrez bien quelques extras ?
Un lien vers une vidéo (en anglais) de présentation de Sparknews : https://youtu.be/j01JFMlzOZQ
Impact Journalism Day 2015 : http://www.sparknews.com/fr/node/4656